Demonstrators use their phone lights Wednesday, June 3, 2020 in downtown Los Angeles during a protest over the death of George Floyd who died May 25 after he was restrained by Minneapolis police. (AP Photo/Marcio Jose Sanchez)
Marcio Jose Sanchez / AP

Filmer la police : aux Etats-Unis, les limites d’un outil utile contre les violences policières

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Publié le 06 juin 2020 à 09h00 - Mis à jour le 06 juin 2020 à 13h49

Si Darnella Frazier, en chemin vers une épicerie de Minneapolis (Minnesota), n’avait pas filmé la scène à l’aide de son téléphone portable le 26 mai, la mort de George Floyd serait très probablement passée inaperçue parmi celles du millier de personnes tuées chaque année par la police aux Etats-Unis.

En l’absence de vidéos, contester l’usage de la force par la police se réduit à opposer parole contre parole. Cette situation est le plus souvent défavorable aux citoyens, dont les propos sont plus facilement remis en cause que ceux des dépositaires de l’ordre public. Surtout quand les victimes ne sont plus là pour témoigner. On pense évidemment à Michael Brown, tué par Darren Wilson à Ferguson en 2014, ou à Freddie Gray, descendu d’un fourgon de police les cervicales arrachées, à Baltimore en 2015.

Visionner une vidéo, c’est donc – en théorie – disposer d’un récit factuel, objectif, incontestable. L’Association américaine des libertés civiles rappelle que filmer ou photographier des scènes se déroulant dans un espace public est un droit constitutionnel aux Etats-Unis et, face aux intimidations fréquentes des agents des forces de l’ordre, elle encourage les citoyens à le faire.

C’est également une recommandation de « Campaign Zero », une initiative portée par des militants de Black Lives Matter, dont l’objectif est de réduire à zéro le nombre de victimes de la police, ou encore de Colin Kaepernick qui, depuis son éviction de la Ligue nationale de football américain pour avoir posé un genou à terre, mène sa campagne « Know Your Rights » (« Connais tes droits ») dans tout le pays.

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Historiquement, les violences à l’égard des Afro-Américains aux Etats-Unis ont souvent percé dans le débat public grâce à des images. En 1955, une photographie du visage défiguré d’Emmett Till est diffusée le jour de ses funérailles. S’il a fallu un demi-siècle pour que la femme blanche responsable du lynchage de cet adolescent noir de 14 ans, qu’elle avait accusé de lui avoir fait des avances, avoue avoir menti, cette photographie a néanmoins constitué un élément déclencheur du mouvement pour les droits civiques et a durablement incarné la réalité brutale du racisme dans la société américaine.

Rôle considérable des témoins

Dans le cas des violences policières, l’exemple le plus emblématique reste, bien sûr, le cas de Rodney King, filmé par George Holliday, un civil, alors qu’il était passé à tabac en 1991 par la police de Los Angeles. Mais les témoins ont continué à jouer un rôle considérable. Comme dans le cas d’Oscar Grant, abattu d’une balle dans le dos alors qu’il était menotté dans le métro, à Oakland (Californie) en 2009, scène filmée par une passagère. Ou celui d’Eric Garner, étouffé à Staten Island (New York) en 2014, filmé par son ami Ramsey Orta. Ou encore dans le cas de Philando Castile, abattu dans sa voiture lors d’un contrôle routier à Saint Anthony (Minnesota) – une altercation diffusée en direct par sa compagne sur Facebook.

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