A quoi ressemble « Valorant », le nouveau jeu des créateurs de « League of Legends » ?

C’est sans doute le projet le plus ambitieux de l’éditeur Riot Games depuis la sortie de « League of Legends » en 2009. Mais le nouveau jeu du roi de l’e-sport peut-il dépasser ses modèles ?

Par Publié le 05 juin 2020 à 21h00

Temps de Lecture 5 min.

S’inspirant autant de « Counter-Strike » que d’« Overwatch », « Valorant » entend s’imposer dans le circuit e-sportif.

Jouable par certains testeurs dès le 7 avril mais disponible pour tous depuis le 2 juin, le jeu vidéo Valorant est précédé par une réputation flatteuse, des audiences importantes mais aussi une lourde mission : s’imposer comme la référence du jeu de tir compétitif, comme le précédent jeu de son développeur, League of Legends, s’est imposé comme le roi du jeu de stratégie. Pour cela, il va devoir dépasser ses modèles, Counter-Strike et Overwatch.

De quoi s’agit-il ?

Valorant est un jeu vidéo de tir en équipe, disponible gratuitement sur PC (Windows). Il propose à l’achat des améliorations cosmétiques, pour pouvoir changer notamment les couleurs de ses armes. Le principe rappelle fortement celui de Counter-Strike, star incontestée du jeu de tir multijoueurs depuis vingt ans, concurrencé seulement ces dernières années par Overwatch ou Fortnite.

Dans ce qui est, pour l’heure, l’unique mode de jeu de Valorant (deux en réalité, en comptant la variante « Spike Rush »), deux équipes de cinq joueurs s’opposent : l’une doit amorcer puis protéger une bombe, l’autre étant chargée de la désamorcer. La première équipe remportant treize manches a gagné. Chaque victoire permet de cumuler un peu d’argent, qu’il est ensuite possible de dépenser pour s’acheter de nouvelles armes, des protections, ou des recharges pour ses capacités spéciales.

« Valorant est un jeu au rythme plus posé qu’“Overwatch”, moins frénétique, presque lent »

Car c’est la grande différence entre Valorant et son ancêtre Counter-Strike : à la manière d’Overwatch, il propose de choisir son avatar parmi une galerie de personnages aux capacités différentes, et complémentaires. Certains peuvent ainsi soigner leurs compagnons, créer des nuages de fumée pour les protéger, ou décocher des flèches « radar » permettant de voir les ennemis à travers les murs. Mais le jeu propose également des personnages plus autonomes, qualifiés de « duellistes », pour les joueurs préférant agir seul de leur côté plutôt qu’en équipe, à l’image de l’acrobatique Jett, capable de sauter, de planer ou de jeter des poignards, mais incapable d’aider ses coéquipiers.

Fondamentalement, Valorant reste tout de même un jeu au rythme plus posé qu’Overwatch, moins frénétique, presque lent. C’est aussi un jeu aux déplacements moins aériens, moins verticaux, où la prudence est de mise : les échanges de tir y sont souvent beaucoup plus courts et expéditifs, au point que la moindre erreur est très vite sanctionnée.

L’enthousiasme perdurera-t-il ?

Lors d’une phase dite de « bêta fermée » en avril et mai, des joueurs triés sur le volet avaient accès à une version non définitive du jeu, battant cependant déjà des records sur la plate-forme de diffusion de vidéo en direct Twitch.

Selon l’éditeur du jeu, ce sont plus de 3 millions de joueurs qui se sont connectés quotidiennement à Valorant, tandis que « plus de 470 millions d’heures de stream vues de Valorant sur Twitch », dépassant « les 1,7 million de spectateurs en simultané ». Des chiffres qu’il convient cependant de contextualiser : pendant ces deux premiers mois, l’accès au jeu était en effet limité, et réservé aux spectateurs ayant regardé d’autres personnes jouer pendant un certain nombre d’heures. De quoi faire monter le ramdam… et gonfler les chiffres d’audience.

L’enthousiasme autour de Valorant perdurera-t-il, où finira-t-il par s’essouffler ? Deux jours après sa sortie, le jeu de Riot Games figure en tout cas toujours parmi les titres les plus regardés sur Twitch, avec 90 000 spectateurs simultanés. Mais il est repassé derrière d’autres jeux de tir concurrents, tels que l’indéboulonnable Fortnite (200 000 spectateurs), le toujours populaire Counter-Strike (140 000 spectateurs) ou le dernier Call of Duty (130 000 spectateurs). Il figure encore cependant devant Apex Legends (65 000 spectateurs, jeudi 4 juin en après-midi), qui avait également bénéficié, à sa sortie, d’une incroyable popularité, avant de rentrer progressivement dans le rang.

Mais, même si le jeu est officiellement disponible, ce n’est probablement que le premier étage de la fusée Valorant. Plutôt que comme simple jeu, il a été conçu par son développeur comme un sport électronique. Si le succès est au rendez-vous, il est appelé à remplir un jour les stades.

Riot Games diversifie son activité

Car derrière Valorant, il y a Riot Games, un studio de développement qui a longtemps été celui d’un seul jeu : League of Legends (ou LoL), jeu multijoueur de stratégie et d’action par équipes, déclinaison commerciale d’un mode de jeu amateur et néanmoins très populaire pour le jeu Warcraft III, Defense of the Ancient.

Le chinois Tencent a racheté l’intégralité des parts du studio californien en 2015

Sorti en 2009, LoL s’est imposé comme l’un des jeux multijoueurs les plus populaires, au point de fédérer autour de lui, outre une gigantesque communauté, de nombreux sponsors. A lui seul, il a redynamisé un secteur (le jeu vidéo compétitif professionnel) moribond après l’essoufflement de Starcraft ou de Counter-Strike. Au point de remplir des stades de plusieurs dizaines de milliers de spectateurs. Mais aussi d’aiguiser les appétits du géant des télécommunications chinois Tencent, qui a racheté l’intégralité des parts du studio californien en 2015 et mis à sa tête, en 2017, le Français Nicolas Laurent, alias Nicolo.

LoL revendique aujourd’hui 100 millions de joueurs. En 2019, la finale des championnats du monde a rassemblé jusqu’à 21,8 millions de spectateurs en ligne en moyenne par minute : un événement qui fait la fortune de Riot Games, à la fois développeur et éditeur du jeu, mais aussi unique organisateur de ses compétitions.

Lire aussi Pourquoi « League of Legends » a révolutionné l’e-sport

En 2019, Riot Games a cependant commencé à diversifier son activité, d’abord avec le jeu mobile Teamfight Tactics, le jeu vidéo de cartes Legends of Runeterra et, désormais, Valorant. D’autres projets sont dans les cartons, à l’image d’un jeu de combat encore mystérieux.

Ces derniers mois, le nom de Riot Games n’est plus seulement associé à des jeux vidéo, mais également à des polémiques. En mai 2019, des salariés avaient manifesté devant les locaux californiens de l’entreprise, qu’ils accusent alors de discrimination sexiste. Les salariées étant passées par l’entreprise au cours des cinq années précédentes avaient fini par obtenir 10 millions de dollars (9 millions d’euros).

Quelques mois plus tard, en plein cœur des manifestations prodémocratie à Hongkong, et alors que son concurrent Blizzard est accusé de faire le jeu du gouvernement chinois, Riot Games est critiqué pour avoir demandé aux commentateurs de League of Legends d’éviter d’aborder des « sujets sensibles » en direct. A l’inverse, le 31 mai, l’entreprise a publié un communiqué exprimant son soutien aux manifestants du mouvement Black Lives Matter.

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