Pourquoi les jeux vidéo « Tony Hawk’s Pro Skater » sont si populaires

Vingt ans après, les deux premiers titres, qui ressortiront le 4 septembre sur PC, PlayStation 4 et Xbox One, figurent parmi les jeux les plus appréciés de l’histoire.

Par Publié le 16 mai 2020 à 16h42 - Mis à jour le 17 mai 2020 à 09h17

Temps de Lecture 4 min.

Vingt ans après, les premiers épisodes de « Tony Hawk’s Pro Skater » reviennent avec des graphismes modernes.
Vingt ans après, les premiers épisodes de « Tony Hawk’s Pro Skater » reviennent avec des graphismes modernes.

Il ne fait pas partie des noms les plus cités par les joueurs, ni des séries fondatrices du jeu vidéo. Ce n’est plus depuis longtemps une saga dont on attend les prochaines itérations avec importance. Et pourtant : sur le site Metacritic, la série des Tony Hawk’s Pro Skater est très bien placée dans la liste des meilleurs jeux vidéo de tous les temps. Tony Hawk’s Pro Skater 2 est même le deuxième de cette liste, dépassé seulement par The Legend of Zelda : Ocarina of Time.

L’éditeur Activision ne s’y est pas trompé, en annonçant une nouvelle version de ces deux jeux mythiques de skateboard. Elles seront compilées au sein d’un seul titre prévu sur PC, PlayStation 4 et Xbox One pour le 4 septembre : Tony Hawk’s Pro Skater 1+2.

Comment expliquer l’incroyable popularité de cette licence ? Pour le savoir, il faut le demander aux joueurs de l’époque, ceux qui ont découvert, en 1999 et 2000, ces deux titres auxquels est voué un culte discret. A sa sortie, Tony Hawk’s Pro Skater a la particularité d’être un « vrai » jeu de skate, un bac à sable donnant l’occasion de multiplier les figures dans un skatepark. C’est alors une vraie nouveauté : les rares jeux de skate en 3D étaient, avant cela, généralement des jeux de course.

« C’était tout nouveau »

« Pour moi, c’était l’ancêtre de GTA 3 : on se balade, on peut interagir avec tout l’espace disponible, on découvre des objectifs qui débloquent d’autres espaces. C’était tout nouveau », se souvient Jean-Fred Diebold, l’un des nombreux joueurs que nous avons interrogés sur Twitter. Ils sont plusieurs à décrire des niveaux ouverts pleins de secrets et à vanter la sensation de liberté qui s’en dégage.

Tony Hawk’s Pro Skater a, en outre, le bon goût de reproduire certains skateparks existants, tels que le bowl de Marseille. Ce qui permet de pouvoir dire, en visitant dans la réalité les skateparks de Venice Beach à Los Angeles, « j’ai skaté ici », s’amuse Laura Fournier, qui travaille dans la communication. Le jeu du studio Neversoft, qu’on retrouvera plus tard aux commandes de la série Guitar Hero, avait également l’avantage d’être simple à prendre en main. « En y repensant, je n’ai même pas souvenir d’avoir appris à y jouer », résume Philippe Gargov.

Rapidement, on pouvait enchaîner « les méga-combos avec 9 slides, 8 manuals et 37 flips » et se laisser porter par l’impression « de flux, de vol, de fluidité, de flow quasiment » – alors que réaliser les figures du jeu sur un vrai skateboard était bien plus périlleux. Mikael Moreau en retient ainsi « l’impression d’être soi-même un dieu du skate, que le joueur et le jeu ne font qu’un ». Rémi Balek se souvient aussi de « la douleur ressentie presque physiquement quand on se pétait la gueule virtuellement ».

« On avait enfin un jeu qui représentait la culture street et skate avec son univers musical rock, punk, ska. C’était dingue », se souvient Valentin Lormeau

Des sensations aidées par le réalisme des sauts et des figures, supervisés, à l’époque, par Tony Hawk lui-même, alors l’une des stars du skateboard les plus en vues. En plus de donner son nom au jeu, il en a validé les animations et les sensations en travaillant directement avec les développeurs, comme le rappelle le site JeuxVideo.com, se fondant sur les souvenirs de Tony Hawk confiés au Guardian en 2019.

Résultat : « On y passait les aprèms en buvant du Coca et en discutant », raconte FrancisBarWain. Haieby se rappelle aussi de sessions avec ses amis où la manette passait de main en main « pour essayer de scorer au max ». « Tous les jours, on changeait de carte », raconte-t-il, tout en se souvenant de « la notoriété d’un pote dans mon petit collège qui scorait mieux que les 3e ».

« Un objet culturel qui tombe au parfait moment »

Car Tony Hawk’s Pro Skater était surtout le jeu d’une époque : la fin des années 1990. « On avait tous des baggys et des pompes de skate, on écoutait avril Lavigne et on parlait MTV, on avait connu [le jeu vidéo développé par Electronic Arts] Skate or Die ! », se remémore Barney. Le jeu a été « un objet culturel qui tombe au parfait moment, qui capture complètement [l’air du temps] de ce moment-là, analyse OMLT. Rock californien, culture skateboard, public ado visé par la PlayStation : je pense que c’est un tout, au parfait moment. »

Dans l’univers soit très sage, soit très outrancier du jeu vidéo, Tony Hawk’s Pro Skater a alors un parfum de révolte bien réel. « Chez mes potes, c’était ça ou FIFA. J’aimais pas FIFA », résume, lapidaire, le développeur Pierre Corbinais. « On avait enfin un jeu qui représentait la culture street et skate avec son univers musical rock, punk, ska, se souvient Valentin Lormeau. C’était dingue. On était des gros consommateurs de MTV, de [l’émission américaine] Jackass, et là, d’un coup, on peut jouer avec Bam Margera, customiser sa planche de skate et faire du gros trick dans des arènes 3D en écoutant Superman de Goldfinger, avec le clip diffusé sur un écran. »

La jeu a, en effet, été aussi un formidable juke-box, capable d’enchaîner les morceaux punk rock amenés à devenir des classiques, quand ils ne l’étaient pas déjà. « Aucun autre jeu n’avait du punk rock comme on l’aimait », regrette Toothpick. Avec Tony Hawk’s Pro Skater, les petits punks en herbe étaient servis : Dead Kennedys, Ramones, AC/DC….

« C’est comme au skatepark, en fait », abonde le journaliste Nicolas TurcevTony Hawk’s Pro Skater ayant donné à certains l’impression de mettre un pied dans la cour des « cool kids » sans se faire mal aux genoux. « Tu pouvais faire croire aux filles que tu étais skateur. Bon, dans mon cas, ça n’a pas marché, mais je savais ce que ça voulait dire, un holy flip », raconte Philippe Monthaye. « Après avoir passé une heure au skatepark en ruines de la ville, tenté un grind nul, être tombé huit fois, on rentrait à la maison et on passait des heures sur Tony Hawk’s Pro Skater. Parce qu’on était trop nuls, en vrai », résume Foulk.

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