StopCovid : qui est pour l’application de traçage, qui est contre et pourquoi

Le projet français d’application de « suivi de contact », pour lutter contre la pandémie de Covid-19 et faciliter le déconfinement, suscite de nombreux soutiens et critiques.

Par et Publié le 27 avril 2020 à 20h32 - Mis à jour le 28 avril 2020 à 09h51

Temps de Lecture 4 min.

Le projet d’application pour smartphones StopCovid du gouvernement français, censée détecter et enregistrer les contacts rapprochés de ses utilisateurs afin de casser la chaîne de contamination du Covid-19, a suscité ces dernières semaines de nombreux débats et oppositions, à la fois dans les sphères politique, scientifique et médicale. Mardi 28 et mercredi 29 avril, le Parlement doit débattre du plan global de déconfinement présenté par le gouvernement, dont ce projet d’application fait partie.

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  • Les pilotes

Le gouvernement a détaillé, dimanche, le détail du consortium qui développe l’application de « suivi de contact ». Il est composé d’industriels (Capgemini, Dassault Systèmes, Lunabee Studio, Orange et Withings) et d’organismes publics (Agence nationale de sécurité des systèmes d’information, Inserm et Santé publique France). Début avril, l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) a été chargé de piloter cette structure.

Son président, Bruno Sportisse, publiait, le 18 avril, un long message soutenant le projet StopCovid, et en particulier la solution issue d’une de ses équipes de recherche, Privatics. Il plaidait pour un projet « au croisement de la nécessaire efficacité des politiques de santé, du respect des libertés individuelles et du maintien, voire du renforcement de notre souveraineté technologique et numérique ». L’Inria est aussi membre d’une plate-forme européenne (Pan-European Privacy-Preserving Proximity Tracing, PEPP-PT) qui cherche à élaborer une solution interopérable, pouvant faire fonctionner entre elles les applications de divers pays européens.

  • Les soutiens

Dans une tribune parue dans Le Monde le 25 avril, plus d’une soixantaine de scientifiques, majoritairement spécialistes en épidémiologie ou en santé, ont défendu le recours à ces technologies, comme l’a fait le conseil scientifique du gouvernement dans son avis du 20 avril. Selon ces experts, ce « moyen parmi d’autres » pose des questions mais qui « ne doivent pas conduire à renoncer à un outil qui, adopté sur la base du volontariat, pourrait être décisif » dans la lutte contre le Covid-19.

Le Conseil national de l’ordre des médecins a affiché, lui, un soutien prudent. A condition de ne pas géolocaliser l’individu, de ne pas permettre de croisement avec d’autres données de santé et d’offrir un « anonymat garanti », alors « un tel traçage peut présenter un intérêt intégré à l’ensemble du processus de déconfinement », à condition qu’il n’en soit pas « l’élément central ».

L’Académie de médecine a, elle aussi, émis « un avis favorable à l’utilisation de smartphones pour le suivi du déconfinement », préconisant « une évaluation de son utilisation après un et deux mois » et conditionnant ce soutien à de solides garanties.

  • Le « gendarme » de la vie privée

L’avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), très attendu et rendu public le 26 avril, a donné raison au gouvernement dans les grandes lignes, notamment sur le protocole retenu pour StopCovid, tout en listant une série de recommandations strictes.

Le « gendarme » de la protection des données, qui précise qu’il devra être consulté de nouveau une fois que le projet sera plus précis, pose cependant les conditions pour une conformité de l’outil au droit des données personnelles : sécurité des données stockées, caractère réellement volontaire de l’utilisation de l’application, efficacité sanitaire avérée et régulièrement vérifiée du dispositif… Il s’agit, selon la CNIL, d’un projet tout sauf « anodin » et appelle le gouvernement à la vigilance.

A condition que l’application soit un « élément d’une stratégie plus globale », que le dispositif soit transparent et inclusif, le Conseil national du numérique, organe consultatif placé sous l’autorité du premier ministre, a rendu, vendredi, un avis favorable au projet StopCovid.

  • Les experts en informatique

Lundi, plus d’une centaine d’informaticiens ou spécialistes de sécurité informatique ont signé une « mise en garde » à propos de la future application qu’ils jugent « porteuse de risques très importants quant au respect de la vie privée et des libertés individuelles ».

Le texte fait référence à une autre initiative sortie une semaine plutôt, risques-tracage.fr, signée par seize chercheurs et qui détaille quinze scénarios de dérapage possible des technologies de suivis de contact : fausse alerte, identification de malade, fichage…

  • Les défenseurs des libertés numériques

L’association française de défense des libertés numériques La Quadrature du Net a appelé à plusieurs reprises le gouvernement à renoncer à son projet, avec pour arguments une utilisation trop faible, des résultats trop vagues et des « libertés inutilement sacrifiées ». « L’attention du public, du Parlement et de la recherche doit se rediriger vers les nombreuses autres solutions proposées : production de masques, de tests, traçage de contacts réalisé par des humains, sans avoir à réinventer la roue. Leur efficacité semble tellement moins hasardeuse », écrit encore l’association.

Dans une lettre ouverte, la Ligue des droits de l’homme a appelé les députés à rejeter StopCovid, qui présente, selon elle, des problèmes « d’ordre technologiques, médicaux, scientifiques ou éthiques ».

  • La fracture dans la fracture

Pour ou contre, les spécialistes se déchirent aussi sur le type de solution technique à adopter, entre les partisans de solutions « centralisées », opposés à des technologies « décentralisées ». Ces deux approches s’opposent en termes de stockage des données personnelles des utilisateurs : sur le téléphone lui-même (option « décentralisée ») ou sur le serveur d’une autorité de confiance (option « centralisée »). Le choix d’une option ou de l’autre n’aurait pas les mêmes conséquences en matière de sécurité, comme l’a rappelé une lettre ouverte, prodécentralisation, signée par plusieurs spécialistes internationaux, le 20 avril.

La France, avec le projet StopCovid, avance, de son côté, grâce à un protocole « centralisé », appelé « ROBERT ». Des solutions décentralisées ont aussi été proposées comme DP3T en Europe, PACT aux Etats-Unis ou TCN. Apple et Google, qui ont proposé une technologie commune le 10 avril reposant sur le stockage des données sur smartphones iOS et Android, ont été applaudis par les tenants des options « décentralisées ».

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