Coronavirus : en Europe, la ruée en ordre dispersé sur les applications de « traçage »

Plusieurs pays, comme la France et l’Allemagne, ont choisi le projet PEPP-PT qui étudie la possibilité d’une application permettant de lutter contre la pandémie de Covid-19. D’autres Etats font cavalier seul.

Par Publié le 18 avril 2020 à 05h21 - Mis à jour le 20 avril 2020 à 12h25

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Des militaires testent une application de « traçage » de l’épidémie de Covid-19, à la caserne Julius-Leber à Berlin, le 1er avril.

Au bout des pistes de l’aéroport Tegel de Berlin, la caserne Julius-Leber est, en ce début avril, le théâtre d’un étrange ballet. Des soldats allemands, treillis enserrés dans du ruban adhésif bariolé, arpentent un sol marqué de repères d’apparence ésotérique, téléphone en main et masques sur le visage. Ils avancent, se croisent, font fi des consignes de distanciation sociale. Sur son trépied, un appareil photo ne perd pas une miette de leur chorégraphie.

Ces militaires contribuent à ce que l’on présente, dans l’Europe entière, comme une arme dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 : une application de « traçage » pour téléphones mobiles censée identifier les personnes ayant côtoyé des malades afin de les isoler et enrayer l’épidémie. Dans les baraquements allemands, on cherche plus précisément à savoir si la technologie sans fil Bluetooth est capable de mesurer finement des distances, une utilisation pour laquelle elle n’a pas été conçue.

Ces tests sont réalisés dans le cadre du projet PEPP-PT, lancé il y a quelques semaines par plusieurs instituts de recherche. C’est sous son égide que plusieurs gouvernements ont choisi d’étudier, voire déployer, des applications de traçage. Alors que les pays européens travaillent sur le sujet en ordre parfois dispersé, ce projet, grâce à ses choix techniques offrant plus de garanties pour la vie privée − le Bluetooth plutôt que la géolocalisation −, aimerait devenir le standard européen.

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Des pays font cavalier seul

La France, comme l’Allemagne, l’ont en tout cas choisi. Mais là où Paris hésite encore, Berlin voit cette application comme un « élément central » du dispositif sanitaire des semaines et des mois qui viennent. Vendredi 17 avril, Jens Spahn, le ministre allemand de la santé, a annoncé que l’application serait disponible sous deux à trois semaines. C’est aussi le projet PEPP-PT que, lundi, l’Espagne a annoncé rejoindre. « Nous misons sur une “app” européenne unique », a expliqué Carme Artigas, secrétaire d’Etat à l’intelligence artificielle. L’Italie suit aussi cette voie, et devrait lancer de premiers tests, a annoncé, jeudi 16 avril, Domenico Arcuri, le commissaire du gouvernement pour le coronavirus. Généralisée, cette application « sera un pilier de notre stratégie », a-t-il promis. C’est le projet appelé Immuni de la start-up milanaise Bending Spoons, là encore sous l’égide du PEPP-PT, qui a remporté l’appel d’offres.

A la caserne Julius-Leber à Berlin, le 1er avril.

D’autres pays font cavalier seul. Le Royaume-Uni, par le biais du NHSX, la branche numérique de son service de santé, a été l’un des premiers, dès la mi-mars, à plancher sur la question. Ce n’est pourtant que dimanche que le ministre de la santé, Matt Hancock, a officialisé un lancement prochain. Beaucoup d’incertitudes demeurent : les utilisateurs pourront-ils s’autodiagnostiquer positifs, ouvrant la voie à de nombreux abus ? Le gouvernement travaille-t-il, comme le croit la BBC, avec Google et Apple, qui ont annoncé la semaine dernière leur volonté de mettre en place une infrastructure pour permettre le suivi de contact ? « Toutes les données seront traitées selon les plus rigoureux standards éthiques et de sécurité », a expliqué M. Hancock, en s’engageant à rendre public le code informatique de l’application. En Pologne, le lancement d’une application est imminent. Elle reposera aussi sur le Bluetooth, et ne sera pas obligatoire. L’Irlande, encore en phase de test, prévoit une application fonctionnelle pour le mois de mai. Vendredi, le gouvernement néerlandais a annoncé étudier sept projets, dont ceux des sociétés Capgemini et Accenture, et un autre de la société singapourienne Sia Partners.

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