Coronavirus : les Français favorables à une application mobile pour combattre la pandémie, selon un sondage

Une application enregistrant les relations sociales d’un utilisateur pour avertir les personnes à risque serait installée par huit Français sur dix, selon des chercheurs qui ont conçu ce type d’applications.

Par Publié le 01 avril 2020 à 20h44 - Mis à jour le 02 avril 2020 à 07h49

Temps de Lecture 5 min.

Une nette majorité de Français seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés. C’est l’enseignement d’un sondage publié mardi 31 mars, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français possédant un téléphone mobile les 26 et 27 mars. Cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui travaille justement sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie.

Ces chercheurs ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 et ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ». Leurs recherches viennent de faire l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue Science.

Une application utilisant le Bluetooth

Les chercheurs ont présenté aux sondés le dispositif qu’ils ont imaginé : une application, installée sur un smartphone et utilisant la technologie sans fil Bluetooth, capable de détecter si un autre téléphone mobile équipé de cette même application se trouve à proximité immédiate.

L’application envisagée n’accède à rien d’autre qu’au Bluetooth (pas d’accès au répertoire, aux messages…) et ne permet pas de géolocalisation : elle se contente d’enregistrer les appareils munis de la même application ayant été dans son environnement immédiat pendant au moins 15 minutes, une situation présentant un risque d’infection au nouveau coronavirus.

Dans le système présenté aux sondés, lorsque le possesseur d’une telle application est diagnostiqué positif au Covid-19, ceux que le malade a côtoyés sont avertis immédiatement et il leur est demandé, par les autorités sanitaires, de se mettre en quarantaine stricte. Les personnes ainsi alertées ne savent pas qui leur a fait courir le risque d’être contaminé, ni où. Les plus de 1 000 Français sondés dont les réponses ont été prises en compte ont d’abord dû répondre correctement à plusieurs questions pour s’assurer de leur bonne compréhension du dispositif imaginé par les chercheurs.

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Dans ce contexte, ils seraient près de 48 % des personnes interrogées à l’installer « sans aucun doute » et 31 % à le faire « probablement », un pourcentage qui n’évolue guère avec l’âge. Huit personnes sur dix envisagent donc directement d’installer une telle application. Cette probabilité augmente au cas où une infection se déclarerait dans son entourage : ils seraient alors presque deux tiers à l’installer « sans aucun doute ». Paradoxalement, plus de 93 % des personnes interrogées respecteraient la consigne de quarantaine reçue de l’application – soit davantage que de personnes qui installeraient l’application en premier lieu. Une part qui augmente si, à cette quarantaine, est assortie la possibilité d’être testé au Covid-19.

Des chiffres à mettre en perspective, selon les auteurs de l’étude. « Nous n’avons pu discuter le mode de fonctionnement et l’installation de l’application qu’en termes très généraux, alors que les détails précis de mise en œuvre pourraient grandement affecter les décisions d’installation », écrivent-ils, tout en concluant que « même si 80 % de nos répondants ont exprimé une volonté d’installer une telle application si elle était disponible, le taux d’installation pourrait être beaucoup plus faible en réalité ».

Des sondés favorables à une installation « automatique »

Près de deux personnes interrogées sur trois seraient favorables à ce que l’installation de cette application soit automatique, par les opérateurs téléphoniques – un mode de fonctionnement qui ne semble cependant pas être techniquement réalisable. Un pourcentage similaire garderait « probablement » ou « sans aucun doute » l’application sur leur téléphone si elle y était installée automatiquement.

L’étude identifie trois principaux freins à l’adoption large de cette application, condition sine qua non de son efficacité : les risques d’un piratage du téléphone sur lequel l’application est installée ainsi que la possibilité que cette surveillance puisse être prolongée même après la pandémie (un quart des sondés respectivement) et le risque d’une augmentation de l’anxiété liée à l’utilisation de cette application (un cinquième des personnes interrogées). Les difficultés techniques d’installation ou d’activation restent marginales.

Par ailleurs, plus de la moitié des sondés seraient favorables à ce que les données récoltées par l’application soient mises à disposition des chercheurs après la fin de l’épidémie. Enfin, les chercheurs notent qu’en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie, où les chercheurs ont également réalisé un sondage, les résultats sont « très similaires » à ceux observés en France. « L’application n’étant utile que s’il y a un nombre suffisant d’utilisateurs, nous jugeons nos résultats comme étant porteurs d’espoir quant à la viabilité d’une telle approche », se félicitent ainsi les chercheurs.

« Nous ne travaillons pas aujourd’hui sur des instruments qui rendraient obligatoire ce tracking » – Edouard Philippe

Ce sondage ne vient pas seulement appuyer la démarche scientifique et le projet de l’équipe de chercheurs d’Oxford. Elle intervient alors que les projets d’applications censées identifier les individus risquant d’être infectés pour avoir côtoyé un malade se multiplient dans le monde. La Chine et Singapour – ce dernier pays suivant un mode voisin de celui qu’ont imaginé les chercheurs – ont déjà déployé de telles applications. En France, « l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées » fait partie de la feuille de route du deuxième comité scientifique sur le Covid-19 mis en place par l’Elysée.

Interrogé à l’Assemblée nationale mercredi 1er avril, le premier ministre Edouard Philippe a laissé entendre qu’un dispositif de suivi pourrait être envisageable s’il reposait sur la base du volontariat. « Nous n’avons pas aujourd’hui d’instrument légal et nous ne travaillons pas aujourd’hui sur des instruments qui rendraient obligatoire ce tracking. La question peut être posée de savoir s’il pourrait être volontaire et produire des effets dans ce cas. C’est une question qui, à ce stade, reste encore ouverte », a déclaré le premier ministre devant les députés.

Ne pas tirer de constats généraux

Il serait pourtant imprudent de tirer de ce sondage des enseignements généraux et ses résultats ne présagent en rien de l’acceptabilité d’une application plus gourmande en données personnelles, pistant par exemple la géolocalisation de ses utilisateurs. La rigueur de ce sondage en dessert sa représentativité : les sondés ont uniquement été interrogés sur un projet précis, formulé par une université respectable et connue mondialement.

L’acceptabilité d’un tel projet varierait nécessairement en fonction des modalités précises d’une application éventuellement déployée en France, notamment en matière de protection des données personnelles. Cette étude n’est cependant pas dénuée d’intérêt car l’approche d’applications enregistrant la proximité d’autres utilisateurs grâce à la connectique Bluetooth, comme celle imaginée à Oxford, est retenue par un grand nombre de projets de ce type.

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Enfin, le sondage n’a pas soumis aux personnes interrogées certaines variables importantes, qui pourraient faire varier l’acceptabilité d’une telle application. C’est par exemple le cas de la question de la sécurité des données collectées, qui n’est pas évoquée, ou celle de savoir qui exactement dispose de ces données et met en œuvre cette application : seule une indéfinie « autorité sanitaire » est évoquée. Par ailleurs, le sondage prend comme acquis que l’application est parfaitement fonctionnelle, sans bug, et permette effectivement de contribuer à la lutte contre la pandémie. Une idée avec laquelle il est de facto difficile d’être en désaccord sur le fond.

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