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QUENTIN HUGON / LE MONDE

Facebook, YouTube… les grandes plates-formes d’Internet face au défi du coronavirus

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Publié le 13 mars 2020 à 16h59 - Mis à jour le 13 mars 2020 à 17h58

L’angoisse face à la maladie, la peur face à la vitesse de sa propagation et l’incompréhension parfois face aux décisions des autorités pour l’enrayer : voilà le cocktail explosif et mondial auquel font face les principaux réseaux sociaux depuis l’apparition du Coronavirus SARS-CoV-2. En France, le virus apparu en Chine a infecté 2 876 personnes et fait 61 morts, selon le dernier décompte de Santé Publique France.

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Les questions liées à la santé ont toujours été propices aux informations fausses ou biaisées sur Internet, et le coronavirus ne fait pas exception. Les grandes plates-formes numériques à la tête des réseaux sociaux les plus populaires du monde occidental ont cependant décrété – avec une réactivité, une coordination et un volontarisme inédit – la mobilisation générale pour juguler le phénomène.

Des mesures concrètes

De Google à Facebook en passant par Twitter, YouTube, Instagram, TikTok ou Pinterest, toutes affichent en premier des ressources officielles lorsque l’on recherche des informations sur le coronavirus.

Les informations officielles renvoyées par Google pour toute recherche sur le coronavirus.
Facebook renvoie vers le gouvernement pour toute recherche sur le coronavirus.

Google met ainsi directement à disposition la liste des symptômes de la maladie fournis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Sur Instagram, une recherche « coronavirus » affiche comme premier résultat le compte officiel de l’OMS.

Google affiche directement les symptômes du coronavirus, tels que présentés par l’Organisation mondiale de la santé.

Au-delà de cette mise en avant d’informations vérifiées, plusieurs réseaux sociaux ont pris des mesures pour limiter les hoax (canulars). « Nous supprimons les informations fausses et les théories du complot identifiées par les principales organisations sanitaires. Nous bloquons aussi les publicités qui tentent de profiter de la crise, par exemple en affirmant que leur produit permet de guérir de la maladie », a déclaré Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook.

Même stratégie chez YouTube, filiale de Google. Sundar Pichai, le PDG du géant américain a expliqué « supprimer rapidement tout contenu prétendant faire échec au coronavirus à la place d’un traitement médical ».

Le géant de la vidéo en ligne a cependant hésité sur la marche à suivre en matière de publicité. Il a d’abord supprimé toute forme de publicité sur les vidéos abordant le coronavirus, conformément à ses règles en matière d’« événements sensibles »… avant de faire marche arrière le 11 mars – ce qui fait craindre un coup d’accélérateur de vidéos sensationnalistes et trompeuses. Ceci alors que Google a décidé, de manière générale de bloquer de nombreuses publicités surfant sur la peur du coronavirus.

Pinterest a drastiquement restreint les résultats affichés pour les recherches sur le coronavirus.

Le réseau social Pinterest a opté pour une démarche bien plus drastique : aucun autre résultat que les informations officielles ne s’affiche lorsque l’on recherche des informations sur le coronavirus.

Plusieurs plates-formes de vente en ligne, comme LeBonCoin ou Facebook, ont annoncé limiter les ventes de masques ou de gel hydroalcoolique. Amazon a aussi supprimé de nombreuses annonces trompeuses et limité la vente de certains produits, comme les masques, et tenté de limiter les prix. Apple a également fait le ménage dans certaines applications de sa plate-forme.

Une collaboration soutenue avec les autorités

Les organisations sanitaires ont aussi investi les réseaux sociaux pour démultiplier leur message. L’OMS s’est inscrite sur TikTok, réseau social très prisé des plus jeunes : ses six vidéos ont été vues un peu plus de 90 millions de fois depuis fin février. De telles décisions interviennent alors que les autorités de santé ont des canaux bien établis : fin février a eu lieu une réunion sur le coronavirus entre l’OMS et une quinzaine d’entreprises de la Silicon Valley, directement sur le campus de Facebook.

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Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué, mardi 10 mars, les « efforts » de Facebook, remerciant notamment le réseau social pour les publicités gratuites offertes à l’organisation de l’ONU, et la mise en avant des informations officielles et sa lutte contre la mésinformation. Des contacts avaient été noués deux ans auparavant quand plusieurs membres de l’OMS ont indiqué vouloir travailler spécifiquement sur la question de la mésinformation médicale en ligne.

Des efforts sont également déployés au niveau gouvernemental. En France, le gouvernement et les représentants des plates-formes s’étaient montrés ensemble, le 28 février, pour afficher leurs objectifs communs de lutte contre la désinformation sur le coronavirus. Une réunion de haut niveau a eu lieu mercredi 11 mars à la Maison Blanche avec des entreprises de la Silicon Valley. Le National Health Service britannique a, lui, travaillé avec Twitter, Facebook et Instagram pour que l’authenticité des comptes de près de huit cents organismes de santé soit vérifiée et signalée.

Vera Jourova, la commissaire européenne aux valeurs et à la transparence, a souligné le 3 mars, à l’issue d’une rencontre avec plusieurs réseaux sociaux, « les efforts [des plates-formes numériques] pour promouvoir des sources de confiance et gérer les contenus dommageables afin que la désinformation ne fasse pas davantage de dégâts que le virus lui-même ».

Une « infodémie » concomitante à la pandémie

Malgré ces efforts, les informations trompeuses voire carrément complotistes persistent à une échelle significative sur les réseaux sociaux, comme Twitter ou Facebook. On a pu ainsi y lire que le nouveau coronavirus avait été créé par la fondation de Bill et Melinda Gates, que consommer de grandes quantités d’ail ou des boissons chaudes permettaient de bloquer le virus, que Taiwan dissimulait un grand nombre de victimes, ou encore que le Covid-19 était une combinaison du SRAS et du sida.

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Pour l’OMS, il s’agit même d’une « infodémie » parallèle à la pandémie qui se répand sur le monde. Un diagnostic partagé par Rachel Blundy, responsable de la cellule de vérification des faits de l’Agence France-Presse, basée à Hongkong et qui évoque, auprès de la chaîne de télévision singapourienne Channel News Asia, « une vague continue de mésinformation au sujet du coronavirus en provenance du Sri Lanka, des Philippines, de l’Australie, du Pakistan de la Malaisie et plus récemment de l’Inde ou de la Thaïlande ».

Au point où le mécanisme d’alerte de la commission européenne sur les fausses informations a été activé pour la première fois, a révélé Véra Jourova le 3 mars. L’unité du service d’action extérieur de la Commission européenne chargée de la lutte contre la désinformation a ainsi démenti 78 fausses informations sur le coronavirus depuis le début de l’épidémie.

Sur Twitter, on trouve encore des messages trompeurs, oscillant entre parodie et complotisme

Un rapport confidentiel du département d’Etat américain, consulté toute fin février par le Washington Post, révèle que deux millions de messages postés sur Twitter, soit 7 % des messages postés entre le 20 janvier et le 10 février et étudiés par ses experts, diffusaient des théories complotistes sur le nouveau coronavirus. Les conclusions de ce rapport ont été contestées par Twitter. On y trouve cependant encore, ces jours-ci, des messages trompeurs, oscillant entre parodie et complotisme.

WhatsApp est aussi un vecteur particulièrement efficace pour la mésinformation liée au coronavirus, notamment en Inde ou au Nigéria. Les échanges étant chiffrés, ils ne peuvent être lus ou analysés par l’entreprise, qui appartient à Facebook, et les idées complotistes ou fausses sur le virus peuvent difficilement être détectées.

YouTube est également largement utilisé pour propager des informations sur le coronavirus qui, lorsqu’elles ne sont pas totalement farfelues, manquent de précision et de rigueur. La tendance est cependant difficile à quantifier. Marc Faddoul, chercheur de l’université de Berkeley interrogé récemment, a déterminé qu’il y avait « très peu de désinformation recommandée sur le sujet du coronavirus » par les algorithmes de YouTube. Les vidéos « tendances » en français portant sur le coronavirus ce vendredi 13 mars sont quasiment toutes issues de médias professionnels.

Soupçons de manipulation

Ces fausses informations peuvent avoir des conséquences dramatiques et concrètes. L’Ukraine a ainsi été le théâtre de scènes de violences après la diffusion d’un e-mail trafiqué faisant croire qu’il provenait du ministère de la santé et assurant à tort que plusieurs cas de Covid-19 avaient été diagnostiqués dans le pays.

Les messages mensongers ou trompeurs sur le coronavirus ne semblent, en outre, pas tous le fait d’internautes inquiets et mal informés. Le département d’Etat américain a annoncé avoir trouvé « des preuves d’activité inauthentique et coordonnée » sur les réseaux sociaux, un terme désignant les opérations, typiquement menées par des Etats, de manipulation de l’information sur Internet.

Une membre de l’équipe du département d’Etat a directement pointé la Russie comme responsable. « En répandant de la désinformation sur le coronavirus, des acteurs russes malveillants choisissent encore une fois de menacer la sécurité publique », a également déclaré dans la presse Philip Reeker, ministre adjoint des affaires étrangères en charge de l’Europe et de l’Eurasie.

Facebook et Twitter ont publiquement affirmé n’avoir reçu aucune information du gouvernement américain à ce sujet et ont expliqué n’avoir rien détecté d’anormal. La Russie n’est pas le seul pays à être accusé. Taïwan a mis sur le dos des « armées d’Internet » du pouvoir chinois la propagation de certaines informations fausses ou biaisées sur le coronavirus.

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