Tim Bernardes, de saudade en aubades

Avec son splendide premier album, « Recomeçar », le Brésilien offre une bande-son idéale à l’après-carnaval.

Par Publié le 12 mars 2018 à 06h46 - Mis à jour le 12 mars 2018 à 09h51

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Le chanteur brésilien Tim Bernardes, en 2017.

Selon certains oiseaux de nuit, il ne serait meilleur moment, pour se bercer de musique, que les lendemains de fête. Au Brésil, cette assertion prend fatalement les couleurs locales et chamarrées du carnaval : rien n’égalerait les décibels d’après-défilé, prétendent les initiés. Qu’on se souvienne de la saudade qui nimbe A Banda (1966), inoubliable samba post-bamboche de Chico Buarque : « Tout reprit sa place/Chacun chanta dans son coin/Et dans chaque chant, une douleur/Après le passage de la fanfare. » Ou encore Manha de Carnaval (1959), bossa badine pour matins câlins, versifiée par Antonio Maria : « Après ce jour heureux/Je ne sais s’il y aura d’autres jours. »

Février est passé, le carnaval et son lot de couleurs aussi ; l’heure est donc, pour les noceurs que nous sommes, aux douleurs et aux douceurs de l’« après ». C’est là qu’intervient un jeune Paulista de 26 ans, Tim Bernardes. Paru à l’automne 2017, son premier album solo, Recomeçar, est loué par toutes les oreilles alertes que compte encore le Brésil : âmes groggy, ouïes engourdies, ce prodige vous guérira fissa.

Pour qui connaît les pétrins brésiliens, il est loisible d’y entendre la bande-son d’une nation sonnée, assommée de bacchanales et de scandales, repue de messes sportives et de kermesses politiciennes ; une nation, en un mot, où tout serait à recommencer, comme nous l’enjoint le titre de l’album. Sur cette table rase, nulle miette moralisatrice, cependant. Tim Bernardes n’appelle pas le pouvoir à armer « les bons citoyens », comme le fait Gusttavo Lima, vedette de variété brésilienne. Il se contente d’en référer à l’Etat de droit : « Le Mondial et le carnaval auront lieu/Mais tout continue de travers/Il n’est rien de juste ou d’injuste, sinon la justice de fait », déplore-t-il sur Tanto Faz (« Peu importe »).

En bon justicier, Bernardes avance masqué, à rebours des racolages réac qu’orchestrent les médias dominants : dans un Brésil très prompt à s’indigner de la vie privée de ses musiciens les plus subversifs, régulièrement offerte en pâture à la malignité publique, lui se distingue par sa discrétion. La pochette de Recomeçar le montre, fine moustache et tignasse épaisse, visage dévoré par l’ombre, camouflé derrière des lunettes à la Lennon. C’est qu’il a longtemps hésité à publier ces chansons, écrites pour certaines il y a sept ou huit ans : dans une interview pour Globo, il se dit moins inhibé par leur intimité que par la crainte de « paraître banal et générique ».

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