James Levine quitte son poste au Metropolitan Opera de New York

Le maestro américain, atteint de la maladie de Parkinson, renonce à assurer la direction musicale du Met, 40 ans après sa prise de fonction.

Par Publié le 15 avril 2016 à 14h29 - Mis à jour le 15 avril 2016 à 18h49

Temps de Lecture 4 min.

Le chef d'orchestre américain James Levine, directeur musical du Metropolitan Opera de New York, en mai 2013.

C’est une page importante de l’histoire du Metropolitan Opera de New York (le Met) qui va se tourner à la fin de la saison 2015-2016. Le patron de la grande maison d’opéra américaine, Peter Gelb, a annoncé ce 14 avril le départ du chef d’orchestre, James Levine, qui quittera son poste après plus de 40 ans de règne sur les forces musicales du Met, dont il a largement redoré le blason. A bientôt 73 ans (il est né à Cincinnati, Ohio, en 1943), le célèbre maestro, atteint de la maladie de Parkinson, n’est plus en mesure de faire face aux exigences d’un poste à responsabilités multiples. Il deviendra le premier directeur musical émérite, tandis qu’un successeur devrait être désigné d’ici quelques mois.

Les premiers symptômes de la maladie se sont déclarés en 1994. Depuis 2001, le maestro ne dirigeait plus qu’assis sur une chaise, et s’est vu par la suite contraint à se déplacer en fauteuil motorisé. Les soucis de santé se sont surtout amoncelés à partir de 2006, alors que le célèbre chef d’orchestre cumulait la direction musicale de l’Orchestre symphonique de Boston (BSO), l’une des meilleures formations outre-atlantique, et celle du Metropolitan Opera de New York. Ce qui ne l’empêchait pas de répondre à de multiples invitations d’autres grands orchestres en Europe.

Outre une chute sur la scène du Symphony Hall de Boston avec fracture de l’épaule et une sciatique sévère, le maestro avait du subir plusieurs opérations du dos et des reins. Contraint à de nombreuses annulations en 2011 – il n’aura dirigé cette saison-là au Met que 15 des 34 soirées prévues –, James Levine s’était résolu à démissionner du BSO puis à se retirer momentanément du Met après une mauvaise chute qui l’avait laissé paralysé des deux jambes, victime d’une compression médullaire à la colonne vertébrale. « Durant ces deux années, j’ai été mis en face d’une réalité douloureuse, celle de la fin de ma carrière. Rien ne prouvait que je puisse rediriger un jour. Une épreuve comme celle-là transforme forcément votre rapport au monde », confiait-il en 2013 au Monde. Son retour en septembre 2013, après deux ans d’absence, avait notamment nécessité d’aménager la fosse d’orchestre du Met avec un podium élévateur rapidement surnommé « Lift Maestro ».

85 opéras et 2551 représentations

James Levine avait fait ses débuts au Metropolitan Opera en juin 1971 dans La Tosca de Puccini. Huit mois plus tard, il était embauché comme chef principal à partir de la saison 1973-74. Il ne lui faudra que deux ans pour prendre le poste de directeur musical en 1976-77. Nommé directeur artistique en 1986, Levine repassera à la direction musicale en 2004, date à laquelle il prend la tête de l’Orchestre symphonique de Boston. En quelque 45 ans, le petit maestro à la tête ronde et à l’exubérante chevelure bouclée aura dirigé plus de 85 opéras (et quelque 2551 représentations).

Il aura surtout reconstruit pas à pas la phalange orchestrale new-yorkaise (la dotant d’une série de concerts symphoniques en 1991 et de musique de chambre en 1998) au point d’en faire une rivale des philharmonies de Vienne ou de Berlin, et l’égale des fameux « Big Five » – les orchestres de Cleveland, Boston, Chicago, Philadelphie et le New York Philharmonic. Fondateur au Met en 1980 d’un programme pour les jeunes (le Lindemann Young Artists Development Program) – il entend d’ailleurs continuer à s’en occuper –, le maestro a également développé des actions pédagogiques : sessions d’orchestre de jeunes au festival de Verbier (Suisse) ou à l’académie d’été de l’Orchestre de Boston à Tanglewood (Massachusetts). « Transmettre mon expérience musicale à de nouvelles générations est pour moi un devoir et surtout un plaisir ! »

Les successeurs en lice

Initialement prévue avant la fin 2015, l’annonce du départ de James Levine avait été suspendue à la prise d’un nouveau traitement, dont l’efficacité s’est révélée, hélas, insuffisante. Le maestro à la légendaire et titanesque puissance de travail entend cependant continuer aussi loin qu’il le pourra. D’ici la fin de la saison, il dirigera encore Simon Boccanegra de Verdi (jusqu’au 16 avril) et L’Enlèvement au sérail de Mozart (22 avril au 27 mai). Quant à la saison prochaine, s’il se retire de facto de la nouvelle production du Chevalier à la rose de Richard Strauss, il reste programmé pour les reprises de L’Italienne à Alger de Rossini, Nabucco de Verdi et Idomeneo de Mozart. « Bien que je ne puisse plus passer autant de temps sur le podium que je le voudrais, je suis heureux d’entrer dans une nouvelle phase de ma carrière qui me permet de maintenir des liens artistiques profonds avec le Met » a-t-il déclaré dans un communiqué.

Parmi les successeurs en lice, deux non-américains : le chef canadien Yannick Nézet-Séguin (41 ans), actuel directeur musical de l’Orchestre de Philadelphie, et l’Italien Gianandrea Noseda (51 ans), directeur musical du Teatro Regio de Turin. Exit en tout cas l’Italien Fabio Luisi (57 ans), chef principal du Metropolitan Opera depuis 2010, qui a assuré l’intérim de James Levine, mais n’a pas souhaité renouveler son contrat après 2017, date à laquelle il prendra il est vrai la tête de l’Orchestre symphonique du Danemark tout en conservant son poste à l’Opéra de Zurich.

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