Rokia Traoré, chanteuse de l’entre-deux

La musicienne aux influences mêlées évoque les migrants dans son dernier album « Né So ».

Par Publié le 23 février 2016 à 13h07 - Mis à jour le 24 février 2016 à 09h47

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La chanteuse franco-malienne Rokia Traoré.
La chanteuse franco-malienne Rokia Traoré. DANNY WILLEMS

« Ce que j’aime en elle, c’est l’innocence, cette façon d’être qui caractérise quelqu’un abordant la vie dans une dynamique poétique. » Erik Truffaz avait invité la chanteuse franco-malienne Rokia Traoré à écrire et chanter deux textes sur son album Doni Doni (Parlophone). Finalement, elle interviendra à quatre moments. Le trompettiste est tombé sous le charme. « Il y a beaucoup de pureté, de fraîcheur et de douceur dans son chant en langue bambara », poursuit le musicien.

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Au-delà de la douceur de la voix, un sentiment d’apaisement émane de Rokia Traoré. Cette sensation agit en fait comme un filtre. Elle atténue mais n’occulte rien, ni la clairvoyance, ni les doutes, ni l’empathie, ni la colère. Dans Né So, la chanson-titre de l’album qu’elle présente actuellement sur scène, la chanteuse évoque la détresse des migrants et des réfugiés. « J’éprouve une profonde compassion pour ces gens », nous confie-t-elle. La voix vacille, émue, retrouve cette vérité qui lui manque sur le disque, par ailleurs très riche et séduisant, quand elle déclame, en français, avec un soupçon de grandiloquence : « En 2014, encore cinq millions cinq cent mille personnes ont fui leur maison, forcés de se réfugier dans des villes, des pays, loin de chez eux. » Le message a le mérite d’être clair : la chanteuse veut dire son indignation.

En bambara, né so signifie « chez moi », « c’est-à-dire cet endroit où l’on construit ses rêves, où l’on a ses repères, où l’on sait pourquoi on est là ». Toujours en mouvement, entre l’Europe et Bamako, après Amiens, dans la Somme, où elle s’était installée en 1998, Rokia Traoré a jeté son ancre à Bruxelles, là où elle a passé une grande partie de son enfance et de son adolescence. Son père, diplomate, y fut en poste. Elle-même y a suivi des études de « sociologie et anthropologie, puis de journalisme, avant de retourner au Mali », là où elle était née, en 1974. « Bruxelles est mon pied-à-terre aujourd’hui en Europe, sinon je vis au Mali, à Bamako. Mais où que je sois, c’est mon choix et je sais pourquoi j’y suis. »

Le Mali, elle s’y trouvait encore il y a moins d’un mois. « La situation est fragile. La musique, que les extrémistes voudraient faire taire, est toujours très présente à Bamako, mais il y a une emprise, en douceur, de plus en plus forte, de la religion qui pose question, avec notamment la prise d’importance dans tout le Mali de leaders religieux multimillionnaires, courtisés par les leaders politiques. »

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