Dans les Alpes suisses, “le train rapide le plus lent du monde”

Le Glacier Express et son toit panoramique, le GoldenPass et ses airs d’Orient-Express… En suivant les rails, on embarque pour un étonnant tour helvétique, entre villes et montagnes.

Par Publié le 08 janvier 2016 à 14h22 - Mis à jour le 13 janvier 2016 à 14h29

Temps de Lecture 5 min.

Si l’on en croit le calendrier, l’hiver est forcément là ! Pourtant, en cette toute fin décembre, Zermatt, la station vraisemblablement la plus connue du Valais, en Suisse, a des allures printanières… Heureusement, quelques sportifs, skis sur l’épaule, marchant péniblement sur une chaussée quasiment sèche, sont là pour nous rappeler que nous sommes à la montagne. Les taxis électriques – seuls véhicules autorisés à rouler dans la ville intra-muros, avec les calèches – attendent le touriste devant la gare.

Un groupe de Japonais cherche des yeux le mont Toblerone… Après quelques instants et l’explication d’un autochtone, l’on comprend qu’ils veulent voir le Cervin ou le Matterhorn, c’est selon… La mythique montagne suisse, imprimée sur les étuis triangulaires du fameux chocolat, est devenue au fil des ans le symbole même de la Confédération.

Le train à crémaillère de Zermat grimpe en une demi-heure jusqu'au Gornergrat, à 3 089 mètres d'altitude. A l'arrière-plan (à gauche), le Cervin.

De Zermatt, l’une des meilleures façons d’observer le Cervin est de monter jusqu’au Gornergrat. En 1898, on accédait à sa plate-forme panoramique à pied. Aujourd’hui, on grimpe dans un train à crémaillère. En une grosse demi-heure, on se retrouve à 3 089 mètres d’altitude devant un panorama qui laisse sans voix…

Près d’une trentaine de sommets de plus de 4 000 mètres dont le Matterhorn, majestueux. Le sommet du Gornergrat réserve bien des surprises : une minuscule chapelle remplie de bougies, une sorte de supermarché mettant en avant les produits suisses, de Victorinox, le fameux couteau, à Mondaine, la montre inspirée des célèbres pendules ferroviaires helvètes, et un hôtel-restaurant plus que centenaire, complètement rénové, le 3 100 Kulmhotel Gornergrat.

291 km en 8 heures

Pour redescendre à Zermatt, le train à crémaillère est cadencé à la demi-heure. Idéalement, il faut s’installer à gauche dans le sens de la marche pour profiter du coucher de soleil. Avant le dîner, il vous restera suffisamment de temps pour aller vous promener dans le Hinterdorf, la partie la plus ancienne de Zermatt, plus attachante que l’actuelle Bahnhofstrasse et ses très convenues boutiques de luxe. Une dernière visite s’impose au musée du Cervin, situé à côté de l’église du village. Le meilleur moyen de renouer avec le Zermatt historique est de se passionner pour l’ascension tragique du Cervin par Edward Whymper en 1865, qui coûta la vie à quatre alpinistes. Funeste vestige : la corde rompue qui retenait la cordée est présentée dans une vitrine.

La place de la gare de Zermatt s’anime peu à peu en ce début de matinée. Les moniteurs de ski dans leur combinaison rouge attendent leurs premiers clients. Le Glacier Express est à quai. Départ 8 h 52, direction Saint-Moritz. Depuis 1930, date de l’ouverture du train qui relie le canton des Grisons au Valais, soit 291 km en 8 heures… Ce qui fait de lui, comme le vante sa publicité, « le train rapide le plus lent du monde ». A la différence de la période estivale, le train est moins pris d’assaut l’hiver, selon le contrôleur. L’expérience vaut le coup et le confort est au rendez-vous : de grandes baies vitrées montant jusqu’au plafond en font presque une véranda sur rail. Les sièges sont confortables et chaque passager a droit à des écouteurs individuels multilingues qui, à chaque fois qu’un signal sonore retentit, donnent des explications ou des anecdotes sur les paysages traversés.

Le Glacier Express avec ses grandes baies vitrées à l'assaut du col Oberalp, à 2 044 mètres d'altitude, en février 2014.

Sur un aussi long périple en train, ou pourrait imaginer que l’on soit gagné par l’ennui… Non ! A aucun moment le voyage ne semble long tant les paysages traversés sont captivants… Le manque de neige est partout perceptible – pourtant cela n’enlève rien à la beauté du décor. De temps en temps, le train croise des skieurs de fond, qui prennent le temps de saluer le lent équipage… Le train poursuit sa route jusqu’à gravir le col de l’Oberalp, point culminant du périple (2 033 mètres), en passant par les gorges du Rhin et le viaduc de Landwasser. Puis ce sera la longue descente vers Coire où nous avons choisi de nous arrêter pour passer quelques heures, laissant le train partir vers Davos et Saint-Moritz.

Chur, ou Coire pour les francophones, est la ville la plus ancienne de Suisse. Dire qu’elle a beaucoup de charme n’est pas exagéré : les montagnes en toile de fond, une vieille ville gothique qui date des XVe et XVIsiècles, une forte inspiration italienne que l’on retrouve dans les constructions. Un château et une cathédrale vieille de huit cents ans avec un très bel autel du XVe et, au détour d’une ruelle presque cachée, la plus ancienne maison de bois de la ville.

Les deux visages de Lucerne

Prochaine étape : Lucerne. Le réseau ferroviaire suisse est tellement bien maillé qu’il y a toujours un train pour vous amener quelque part. Deux heures et un changement plus tard, on se retrouve dans cette ville attachante, qui telle Janus offre deux visages : à la fois moderne et médiévale, portuaire et montagnarde, discrète et malgré tout grouillante. Pour visiter, mieux vaut se lever tôt pour éviter les flots de touristes chinois qui se sont entichés de cette ville et surtout de l’horlogerie.

Lucerne est célèbre pour son festival de musique qui met à l'affiche des concerts de haut standing donnés par les plus grands orchestres et solistes du monde.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la paisible visite du petit square du monument au Lion, érigé à la mémoire des mercenaires suisses au service de Louis XVI, peut se transformer en agora bruyante et indisciplinée. Une solution : aller se réfugier à la Fondation Rosengart en passant par le pont de la chapelle qui enjambe les deux rives ou alors se précipiter jusqu’à Vitznau pour aller prendre le train à crémaillère qui conduit au sommet du Rigi.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire une traduction hâtive, le GoldenPass n’est pas un coupe-file premium mais un train. Un train panoramique, reliant Lucerne à Montreux via Interlaken, Zweisimmen, la très huppée Gstaad, et Château-d’Œx, prochaine étape de notre tour de Suisse en train. Trois types de trains sont exploités sur cette ligne mais avouons notre préférence pour l’avant-dernier tronçon entre Zweisimmen et Château-d’Œx — à prononcer « châteudet » —, effectué avec un train à la fois panoramique et surtout historique… La voiture arbore une superbe robe bleue, crème et or qui nous transporte instantanément au siècle passé. Cette notion de voyage dans le temps est amplifiée dès que l’on pénètre dans le train : cuivre et laiton, loupe d’orme pour les boiseries, marqueterie et moquette imprimée. Bref, un vrai salon anglais sur rail.

Notre destination est située à mi-chemin entre Gstaad, dans l’Oberland bernois, et la petite ville de Gruyère, dans le canton de Fribourg. L’une de ses spécialités, mise à part l’aérostation, est le découpage. Pas celui du fromage, mais du papier… Ce passe-temps populaire qui date du XIXe siècle est aujourd’hui promu au rang d’art à part entière. Avant de reprendre le train, vers Montreux, terminus du périple, prenez le temps d’aller visiter le Musée du vieux Pays-d’Enhaut, qui abrite une collection de papiers découpés incroyable, chef-d’œuvre de minutie et de finesse…

Lire aussi (édition abonnés) : La féerie du Glacier Express

Le Pays- d’Enhaut en montgolfière

Dans le Pays-d’Enhaut, on peut choisir Rougemont pour ses vieux chalets, Rossinière pour découvrir la maison de Balthus, l’Etivaz et la Lécherette pour leurs fromages… Mais Château-d’Œx reste la localité la plus populaire. Surtout depuis 1979, date de la création d’un festival de montgolfières devenu, au fil des ans, un événement mondial.

L’édition 2016 se tiendra du 23 au 31 janvier et devrait accueillir plus de 70 ballons représentant pas moins d’une vingtaine de pays. Si l’on en croit Frédéric Delachaux, directeur de l’office du tourisme Pays-d’Enhaut, c’est grâce à un microclimat particulièrement favorable à l’aérostation que ce village vaudois, situé au cœur du parc naturel régional Gruyère-Pays-d’Enhaut, a gagné ses galons de destination privilégiée pour tous les aérostiers de la planète.

Les plus hardis pourront toujours s’essayer à un petit voyage en ballon qui ne durera pas cinq semaines comme chez Jules Verne mais une heure trente — entre 3 et 4 heures avec le vol, le gonflage et la récupération — pour 360 euros. Les plus timorés iront plutôt passer une heure à l’Espace Ballon situé au centre du village. Dans cet espace contemporain à la muséographie réussie, on apprend tout sur le ballon, son enveloppe, les nacelles, les brûleurs, etc. En prime, à l’entrée de l’espace, trône la capsule du premier essai du tour du monde, Breitling Orbiter.

Carnet de route

Y aller

Au départ de Paris, TGV Lyria dessert Bâle jusqu’à six fois par jour. A partir de 29 € en seconde classe et 59 € en première. Le repas est inclus dans le prix du billet de première classe. www.voyages-sncf.com ou pour les horaires et les prix www.tgv-lyria.com. Consultation horaires et correspondances en Suisse : www.cff.ch/france.

Au départ de Bâle, un seul sésame : le Swiss Travel Pass. Mis en place par Swiss Travel System, c’est le véritable couteau suisse du voyage. Ce pass qui coûte, pour huit jours, 335 € en seconde classe et 535 € en première, permet une circulation illimitée, en train, en car et parfois en bateau ; la libre circulation sur la plupart des trains panoramiques ; l’accès gratuit au transport urbain dans plus de 75 villes. L’accès gratuit également dans plus de 490 musées ainsi qu’une réduction de 50 % sur l’ensemble des remontées mécaniques. www.swisstravelsystem.com.

Les trains panoramiques

A Zermatt, le train du Gornergrat : www.gornergratbahn.com
Le Glacier Express : www.glacierexpress.ch.
Le Golden Pass : www.goldenpass.ch.

Se loger

A Zermatt, l’hôtel Tschugge, confortable et bien situé. www.hotel-tschugge.ch

A Lucerne, l’hôtel Wilden Mann, www.wilden-mann.ch, pour son implantation
ou le très bel hôtel Schweizerhof, sur le Schweizerhofquai, pour le cadre et la vue sur le lac, www.schweizerhof-luzern.ch.

A Château-d’Œx, L’hôtel de Ville, simple et confortable. www.hdvoex.ch.

Se restaurer

A Lucerne. La Burgerstube de l’Hôtel Wilden Mann, 30 Bahnhofstrasse.
www.wilden-mann.ch/en/Food/Burgerstube.

A Château-d’Œx. Restaurant Le Chalet pour le cadre, la chère et la fabrication du fromage en direct, même si cela fait un peu touriste… www.lechalet-fromagerie.ch.

S’Informer

Le portail de Suisse Tourisme : www.myswitzerland.com.

Mais aussi www.zermat.ch; www.luzern.com; www.churtourismus.com;
www.château-doex.ch.

Le Guide du Routard, Le Grand Tour de Suisse (Hachette, 160 pages, 14,90 €).

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