Gênes, la déesse de la mer

Rome et Venise font davantage rêver. Pourtant, le premier port d’Italie a gardé les charmes de l’âge d’or. Un château perché, des ascenseurs insolites et des ruelles escarpées tournées vers la Méditerranée.

Par Publié le 23 octobre 2015 à 17h22 - Mis à jour le 03 novembre 2015 à 11h33

Temps de Lecture 4 min.

Vue de la rue Aldo Moro – c’est souvent depuis cette voie surélevée que l’on regarde Gênes –, l’intérêt n’est pas fou : d’un côté, une succession d’immeubles colorés de tailles différentes, à flanc de montagne, et, de l’autre, dans la baie, d’autres gigantesques immeubles – ceux-ci, flottants – répondent aux doux noms de Preziosa, Fantasia, Divina, prêts à embarquer leur flot de croisiéristes. Entre les deux, des grues, des silos et des conteneurs…

Boccadasse, ancier village de pêcheurs, près du centre-ville.

On se remémore, pour ceux qui ont lu Le Président de Brosses en Italie. Lettres familières écrites d’Italie, de Charles de Brosses, les premières lignes écrites sur Gênes, en juillet 1739, par le gentilhomme bourguignon natif de Dijon à son ami : « Parmi les plaisirs que Gênes peut procurer, mon cher Neuilly, on doit compter pour un des plus grands, celui d’en être dehors… » Mensonge ! Les plaisirs de Gênes, méconnus, sont bien là, au-dessus de la cité et en son cœur.

Une douzaine d’ascenseurs et funiculaires

Gênes est – géographie oblige – construite à la verticale, comme un amphithéâtre au bord de l’eau, le Porto Antico en est la scène urbaine. On monte à l’esplanade du Castelletto par un ascenseur style Art nouveau que l’on prend à piazza Portello. Car, ici, pas d’ascension épuisante pour atteindre les belvédères : si Gênes est la ville d’Italie qui affiche le plus grand nombre de deux-roues motorisés, elle doit aussi être celle qui compte le plus d’ascenseurs et de funiculaires, avec une douzaine d’ouvrages. « Quand j’aurai pris la décision d’aller au paradis, je prendrai l’ascenseur de Castelletto », écrivait le poète génois Giorgio Caproni, mort en 1990.

Sans aller jusqu’au jardin d’Eden, l’ascenseur conduit à une petite esplanade qui offre une vue à 360° sur la ville et le port. On prend une vraie leçon d’architecture : tours médiévales, coupoles baroques, gratte-ciel mussoliniens, avec la mer et les paquebots pour horizon.

Gênes regorge de curiosités, comme le Castello D’Albertis. En une vingtaine de minutes, depuis le Castelletto, on arrive au château néogothique construit à la fin du XIXe siècle sous la direction du capitaine Enrico D’Albertis. Après une vie d’aventures, qui le conduiront dans le monde entier, le capitaine meurt en 1932, en léguant à sa ville sa demeure, qui deviendra rapidement le Musée des cultures du monde.

Edifiée au milieu d’un très beau jardin, l’immense bâtisse abrite des collections incroyables. Un cabinet de curiosités géant, dont les objets ont été amassés au cours des multiples périples du riche aventurier génois, entre l’Afrique et l’Amérique. Un autre ascenseur permet de rejoindre la ville basse, prouesse technique dont les Génois sont fiers, puisqu’il évolue non seulement verticalement, mais aussi… horizontalement.

Les célèbres

Voici la via Garibaldi, ancienne strada Nuova, l’une des rues les plus renommées du centre historique. Tracée à la demande de l’aristocratie génoise, l’artère est bordée par une douzaine de palais, ce qui atteste de la puissance financière et maritime de la ville au XVIsiècle. Ceux-ci sont inscrits depuis 1576 sur la Liste des Rolli. Cette liste officielle avait, pendant l’Age d’or, comme objectif de recenser les palais susceptibles d’accueillir visiteurs d’Etat et autres délégations étrangères. Classés au Patrimoine mondial de l’humanité en 2006, nombre d’entre eux, toujours aussi somptueux, se visitent aujourd’hui.

D’autres ne se laissent admirer que ponctuellement, à l’occasion des Rolli Days (les prochains se tiennent en avril 2016). Cela dit, il suffit parfois de demander l’autorisation à l’entrée pour, au moins, pouvoir pénétrer dans leur cour.

Le plus grand aquarium d’Europe

La Gênes d’en haut ou celle de l’Age d’or ne doit pas faire oublier l’autre Gênes, la commerçante, la vieille, celle qui vit, celle où l’on arpente les ruelles étroites, les fameuses carruggi, l’œil attiré par des boutiques sans âge. Et, d’échoppes anciennes, la ville n’en manque pas. Un fabricant de cravates, un boucher, un orfèvre, un chocolatier, un pâtissier spécialiste des fruits confits, un autre des amaretti…

Castello d'Albertis, Loggia Colombo Giovinetto.

A tel point que, comme Parme ou Ferrare, la ville s’est dotée d’un Albo regionale delle botteghe storiche, une liste des boutiques historiques, qui doivent justifier d’une activité ininterrompue depuis soixante-dix ans. Une trentaine d’entre elles ont répondu avec succès au cahier des charges et ont déjà le précieux label, tandis qu’une cinquantaine d’autres sont en voie de l’obtenir.

Enfin arrive la Méditerranée, scène de l’amphithéâtre génois. La mer, qui est à l’origine de la fortune de l’ancienne République, a joué un rôle non négligeable dans la renaissance de la capitale. Le coup d’envoi de ce renouveau a été donné avec les festivités du 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique par l’enfant génois le plus célèbre : Christophe Colomb.

Castello d'Albertis, le château néogothique construit à la fin du XIXe siècle sous la direction du capitaine Enrico D’Albertis..

A la fin des années 1980, Gênes, ville industrieuse depuis le XIXe siècle, a perdu beaucoup de ses usines et, donc, de sa superbe. Que faire pour redorer le blason des Doria et autres grandes familles de la ville ? Renouer avec la mer ! La remettre en avant au cœur de la cité.

Sous la patte de l’architecte Renzo Piano, autre enfant du pays, le port de commerce, qui n’en finissait plus de mourir, a enfin retrouvé, en 1992, une raison de vivre : ouverture de lieux culturels, dont un très beau musée de la mer, réhabilitation d’anciens entrepôts, création d’une croisette, d’un port de plaisance, de boutiques, de restaurants.

Le clou de cette réalisation reste, sans doute, le très bel aquarium de Gênes, l’un des plus grands d’Europe, également l’œuvre de Renzo Piano, tout comme la Biosphère, qui lui fait face.

Lire aussi (édition abonnés) : Quand Gênes et Venise se disputaient le monde

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