Une nuit avec Saturne au pic du Midi

Dans les Hautes-Pyrénées, un site exceptionnel, à 2 877 mètres d’altitude, accueille les touristes pour une nuit astronomique.

Par Publié le 04 septembre 2015 à 17h56 - Mis à jour le 08 septembre 2015 à 14h14

Temps de Lecture 3 min.

Bien souvent, l’hébergement insolite n’est qu’insolite. Dormir dans une grue, un phare, une carcasse d’avion ou dans une roulotte, laissera toujours un bon souvenir mais plutôt anecdotique. Alors quand se présente la possibilité de joindre l’utile au futile, la science à l’inhabituel, mieux vaut ne pas bouder son plaisir. Ainsi, passer la nuit au pic du Midi de Bigorre, à 2 877 mètres d’altitude, après avoir observé le ciel et les planètes et s’endormir la tête pleine d’étoiles, restera gravé dans notre mémoire.

La petite station de la Mongie est bien calme en ce début d’après-midi d’été… Le soleil est timide et le tenancier de l’une des rares brasseries ouvertes lit la presse locale devant son établissement désespérément vide. Le Tour de France, qui attire toujours autant de monde au col du Tourmalet, est arrivé depuis longtemps aux Champs-Elysées, et les cyclistes amateurs ne sont pas légion. Il faut aller à la gare de départ du téléphérique pour trouver un peu d’animation. Là, une vingtaine de personnes attendent la dernière cabine de la journée avec en poche le même sésame : celui qui leur permettra de dormir là-haut, tels des astronomes d’un jour ou plutôt d’une nuit.

Depuis 2013, les Hautes-Pyrénées ont une Réserve internationale de ciel étoilé.

En moins d’un quart d’heure, le sommet est vaincu ! Rien à voir avec les quinze heures d’ascension nécessaires il y a un peu plus d’un siècle… Curieuse impression que de se retrouver au-dessus d’une mer de nuages, spectacle habituellement réservé à l’avion. Premier constat, mis à part le froid, qui contraste singulièrement avec la température de la vallée, c’est l’essoufflement… Philippe Nowak, 55 ans, notre guide, membre de l’association la Ferme des étoiles, nous avait pourtant prévenus : avec l’altitude, l’oxygène se raréfie, d’au moins 30 %, mieux vaut donc s’économiser.

Sur la terrasse de l’observatoire, les panoramiques se multiplient jusqu’au coucher du soleil. Objectif : figer sur carte mémoire ces rouges orangés et ces violets qui baignent fugacement la montagne.

Une Réserve internationale de ciel étoilé

Après l’installation dans la chambre – au confort parfait – et le dîner bon enfant, la soirée étoilée peut commencer. On se couvre, la température étant nettement inférieure à zéro. Pour l’anecdote, ne pensez même pas avoir plus chaud dans les coupoles d’observation car pour des raisons essentiellement techniques dues au fonctionnement du télescope, la température intérieure doit être proche de la température extérieure. Seul avantage : se mettre à l’abri du vent.

Avec son stylo laser, Philippe commence à pointer les étoiles et insiste sur la vraie particularité du site. Depuis deux ans, les Hautes-Pyrénées ont une Réserve internationale de ciel étoilé (RICE), la première en Europe, certifiée par la très sérieuse International Dark-Sky Association (IDA). L’association américaine décerne les satisfecit aux sites qui remplissent son cahier des charges : avoir la nuit la plus noire possible.

Au sommet du pic pourtant, rien de plus facile et de plus troublant que de voir au loin les lumières de Tarbes, de Lourdes mais aussi celles de Toulouse et de Barcelone… Philippe redonne les consignes : pour une bonne observation à l’œil nu, il faut attendre au moins une heure et demie après le coucher du soleil et surtout laisser sa vue s’habituer à l’obscurité, ce qui prend environ quinze minutes. Pour les accros au portable, on évite de consulter mails et SMS, au risque d’attendre un quart d’heure à chaque fois…

Admirer les anneaux, un moment magique

La tête encore pleine de constellations, d’étoiles, de noms savants et du zodiaque, il est temps de pénétrer dans l’une des trois coupoles encore en fonctionnement. Un dôme métallique abrite le précieux télescope ; on ne peut s’empêcher de songer aux difficultés rencontrées par les premiers promoteurs de l’endroit, en 1908, qui ont acheminé les éléments de l’objet à dos d’homme ou à dos d’âne…

Une fois le télescope réglé, nous attendons notre tour, en file indienne. Après l’observation de la Lune et de ses cratères, plutôt classique, haro sur Saturne et ses anneaux… Un bémol, toutefois : ceux qui s’attendent à observer une planète de grande taille seront déçus. Un télescope n’est pas un microscope. Il faudra retenir son souffle pour ne pas bouger et admirer les anneaux, un moment magique…

Les plus courageux iront au bout de la nuit et les plus vertueux seront debout à l’heure où le soleil se lève, pour admirer le fameux rayon vert, avant de redescendre dans la vallée. Mais ce jour-là, un épisode orageux cloue les cabines de téléphériques sur place. De quoi rester encore quelques heures la tête dans les nuages.

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