La C4, une Citroën qui déçoit en bien

Avec cette nouvelle berline compacte aux angles vifs, la marque aux chevrons se lâche un peu. Tout en convoquant le souvenir de la GS.

Par Publié le 30 juin 2020 à 14h30

Temps de Lecture 4 min.

La nouvelle Citroën C4.

Lorsque Citroën annonce une nouveauté, on ne sait jamais trop à quoi s’en tenir. C’est le charme de cette marque qui, pour le meilleur et parfois le pire, a souvent préféré l’idée de rupture à la notion de continuité. La surprise de la nouvelle C4, c’est qu’elle n’a pas complètement sacrifié la recherche de singularité sur l’autel de la quête de crédibilité. Pour reprendre une malicieuse tournure suisse, elle nous déçoit en bien.

Alors que la précédente génération ressemblait à un éteignoir (la bizarroïde C4 Cactus avait tenté de la suppléer), la nouvelle ne tombe ni dans le piège de l’originalité gratuite ni dans la mièvrerie du juste milieu. En découvrant ce modèle, dévoilé mardi 30 juin, on se dit que Citroën n’est plus une petite chose fragile. La voiture s’appréhende dès le premier regard. Une honnête berline compacte, sur le segment de la Volkswagn Golf, de la Peugeot 308 ou de la Renault Mégane, mais qui se propose de jouer une petite musique particulière.

Dans cette catégorie, le constructeur au double chevron introduit un véhicule rehaussé, avec une garde au sol supérieure à la moyenne pour lui donner de faux airs de SUV, « la silhouette que les clients plébiscitent », constate Citroën. Le profil, aérodynamique et oblong, dessine une poupe délibérément effilée, à la manière d’un coupé. Les optiques avant et arrière complexes, le hayon pourvu d’un becquet et d’un bandeau noir, les ailes, le capot comme les flancs aux surfaces très travaillées ou encore des prises d’air à foison font le nécessaire pour que cette Citroën ne passe pas inaperçue. L’objectif devrait être atteint car la catégorie des compactes polyvalentes n’est pas réputée pour abriter un repaire d’architectures innovantes et de postures esthétiques disruptives.

« Citroën qui s’est redressé, y compris au plan commercial, a décidé de pousser le curseur dans une autre direction avec une nouvelle identité visuelle », insiste Laurence Hansen, responsable de la gamme. Avec les autres marques françaises du groupe PSA, le constructeur partage désormais une appétence prononcée pour les approches stylistiques un poil chargées. La nouvelle C4 aux formes parfois torturées, à l’instar d’un Toyota C-HR, ouvre en effet une nouvelle page. Après n’avoir juré que par les modelés convexes et prêché la sérénité du « feel good Citroën » avec les déclinaisons de la C3 et la C5 Aircross, la firme s’en remet aux angles vifs et au dynamisme affiché. Reste à savoir quelle interprétation de ce énième coup de barre livrera Pierre Leclercq, le tout nouveau patron du design, lorsqu’il aura mené à bien ses premières réalisations.

En période de résilience

Au moins, le styliste belge passé par l’américain Ford, l’allemand BMW, le chinois Great Wall Motors et le coréen Kia peut-il envisager de disposer d’une marge de création élargie. Désormais, Citroën s’autorise des clins d’œil appuyés à son passé. La partie finale de la ligne de toit de la C4, et surtout sa vitre de custode arrière qui se prolonge, évoquent furtivement le souvenir de la GS, apparue en 1970. De quoi attendrir les plus de 50 ans. Un genre de sous-entendu guère imaginable jusqu’il y a peu dans une entreprise qui semblait écrasée par le souvenir des monuments historiques que furent la DS et la 2CV et qui aura attendu la célébration de son centenaire, en 2019, pour réaliser tout ce que peut fédérer l’évocation de son patrimoine.

Cette fois, surtout, la C4 n’a pas été dessinée sous la contrainte. Lancée en 2010, la précédente génération avait été imaginée pour ne pas faire trop d’ombre à la DS4 qui se présentait comme une berline moderne, chic et décalée. Ce positionnement avait conduit les concepteurs de la C4 à prendre le contre-pied et à adopter, a contrario, un style délibérément conservateur, pour ne pas dire plan-plan. Ce qui n’a pas scandaleusement nuit à sa carrière mais n’a pas contribué à faire baisser la moyenne d’âge, élevée, de ses clients. Une caractéristique encore prégnante dans le profil des acheteurs de Citroën, le plus souvent sexagénaires.

Dans l’habitacle, soigné mais pas vraiment chaleureux, le constructeur ne s’est pas encore lâché ; la première C4 de 2004 apparaissait autrement plus originale. Réalisée sur la même plate-forme que la Peugeot 208, la nouvelle Citroën devrait comme il se doit soigner son confort avec des suspensions à double butée hydraulique. Sous le capot, rien que de très classique si ce n’est une version équipée d’une motorisation 100 % électrique qui reprendra des caractéristiques – une puissance de 100 kW pour une autonomie de quelque 350 kilomètres – classiques chez PSA.

Dans les prochains mois, sera lancée l’AMI, une voiture électrique sans permis dont on saura rapidement s’il s’agit d’un pur gadget ou d’une intuition gagnante. L’an prochain émergera une nouvelle C5, grande berline maison qui promet de rouler des mécaniques mais ressemble d’ores et déjà à une cause perdue. Moribond, le segment est solidement préempté par les modèles allemands. Pour le reste, la marque va s’efforcer de suivre la cadence infernale de l’électrification généralisée d’une gamme qu’elle continuera de renouveler. Une sage feuille de route.

En vue, pas de néo-2CV, de post-DS ou de SM revisitée. Pas davantage de saut délibéré dans l’inconnu ou de solo technologique comme au temps du quai de Javel. Citroën est encore en période de résilience et puisqu’un avis de tempête est annoncé du côté de l’industrie automobile, il se pourrait que, comme dans la légende du roi Arthur, on doive encore attendre pour espérer le retour des temps aventureux.

Lire aussi La GS fête ses 50 ans
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