Chez Arturo Arita, les fleurs posent pour la galerie

Pour imaginer sa « galerie florale », près du Palais-Royal, à Paris, le fleuriste Arturo Arita a fait appel à l’architecte Sophie Dries. Ensemble, ils ont conçu un écrin où les fleurs du monde entier sont élevées au rang d’œuvres d’art.

Par Publié le 16 janvier 2020 à 18h30

Temps de Lecture 4 min.

Arturo Arita et l’architecte Sophie Dries.
Arturo Arita et l’architecte Sophie Dries. Marion Berrin pour M le Magazine du Monde

En remontant la rue Jean-Jacques-Rousseau, dans le 1er arrondissement de Paris, on aperçoit les sapins, cèdres, cyclamens et camélias installés sur le trottoir, devant la devanture vitrée du fleuriste Arturo Arita. Puis, en poussant la porte, sur laquelle le double A de ses initiales triomphe en lettres dorées depuis l’ouverture de la boutique, il y a six mois, on reste ébloui face à une végétation plus franchement colorée. Ce jour-là, pas d’heliconias, sa fleur favorite, mais des nérines fuchsia déployées, des Protea orange, des anthuriums verts ou rouge vif, des renoncules roses…

« J’ai pensé cet espace à l’inverse d’un fleuriste classique. Il ne fallait pas que cela soit une boutique mais un endroit où l’on peut flâner, admirer. »

Surtout pas de tulipes, encore moins de roses. Aucun prix affiché. « J’ai pensé cet espace à l’inverse d’un fleuriste classique, assure le propriétaire. Il ne fallait pas que cela soit une boutique mais un endroit où l’on peut flâner, admirer. » Dans ce lieu étroit, sentencieusement baptisé « galerie florale », et d’où les clients repartent après une dépense de 80 € en moyenne, on peut acheter des fleurs à l’unité (de 2 à 50 € pour certains Protea) ou imaginer son propre bouquet, en le relevant, si on le souhaite, d’une plume d’autruche ou de paon. Originaire du Honduras, Arturo Arita a étudié l’orthophonie à New York avant de se reconvertir dans le design floral à Paris il y a trois ans. « Enfant, c’est moi qui veillais sur le jardin de ma grand-mère et j’ai toujours aimé offrir des fleurs. Après quelques expériences pour me former, j’ai voulu donner ma propre vision. En France, les clients fonctionnent souvent “à la botte”, en achetant une même variété de fleurs en plusieurs unités. Je préfère laisser les gens composer, aller vers un mélange. »

Une “grotte” inspirée par la Villa d’Este

Pour créer sa « galerie », celui qui travaille aussi pour des clients prestigieux (Bonpoint, Artcurial, AMI ou son voisin, le chausseur Louboutin) a fait appel à son amie architecte Sophie Dries. « Nous avons commencé par mettre des miroirs aux murs pour donner l’illusion d’un volume, raconte-t-elle. De là, nous sommes tombés d’accord pour faire de ce lieu une grotte, inspirés notamment par une visite que nous avions faite ensemble de la Villa d’Este à Tivoli, une demeure du XVIe siècle avec ses centaines de fontaines et ses grottes maniéristes. J’y ai adoré le jeu entre nature réelle et nature fantasmée, qui semble la définition même d’une galerie florale : un espace construit qui doit valoriser des produits naturels. »

Les vases dépareillés et les socles en plâtre blancs mettent les fleurs en valeur.
Les vases dépareillés et les socles en plâtre blancs mettent les fleurs en valeur. Marion Berrin pour M le Magazine du Monde

La pièce maîtresse ? Un pan en plâtre au fond de la galerie, monté sur une structure métallique, qui fait face au client et donne l’impression d’un mur de pierres blanches. Des niches ici et là permettent d’y glisser des vases emplis de fleurs en exposition tandis qu’un rideau vert amande pend, fermé, au centre de la boutique. « On voulait créer un mystère pour que le client se demande ce qu’il y a derrière, explique Sophie Dries. On a pensé notamment au petit théâtre de Twin Peaks, la série de David Lynch. »

Au centre de la galerie, Arita travaille ses compositions sur un vaste comptoir en marbre brésilien, que le tandem a fait casser au burin pour conserver des bords irréguliers. Dessous, un placard dissimule un tuyau d’arrosage, et derrière, contre le mur, un lavabo profond en laiton oxydé permet de se laver les mains et de nettoyer les fleurs. Une fois en beauté, celles-ci sont présentées dans les vases dépareillés de la collection personnelle d’Arturo Arita, chinés ou acquis aux enchères, trônant sur des présentoirs blancs de tailles diverses, en bois et plâtre, comme ceux réservés aux sculptures dans les musées.

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Un voyage chromatique mondialisé

Tout autour, le goût du fleuriste pour l’Art déco et le baroque se lit dans les détails : appliques lumineuses André Arbus, lustre en verre dégoté aux puces de Saint-Ouen, amusantes tortues dorées du XVIIIe siècle trouvées chez Drouot et fixées sur les robinets… Un écrin « simple, chic, avec du caractère », se félicite Arturo Arita, qui aime mêler l’organique et l’artificiel. Ainsi, aux limoniums et aux gypsophiles qui ont l’audace d’être naturellement blancs, il a infligé un traitement : une coloration magenta ou écarlate au spray pour leur redonner bon teint. « Cela les rend plus pimpantes », défend-il.

La vitrine de la galerie.
La vitrine de la galerie. Marion Berrin pour M le Magazine du Monde

Si l’époque pousse à privilégier des fleurs locales et de saison, lui assume au contraire un voyage chromatique mondialisé, en faisant voisiner quelques espèces d’Île-de-France avec d’autres venues d’Indonésie, d’Équateur, du Costa Rica, d’Afrique du Sud ou encore du Cameroun. Autant de variétés qu’il déniche au marché de Rungis. C’est là qu’il se rend en camionnette chaque mardi et jeudi, et parfois le samedi, dès 5 heures du matin. Et d’en revenir aussitôt, cagettes pleines selon les arrivages, déterminé à sublimer son antre où la température est maintenue à 16 °C pour faire durer aussi longtemps que possible le miracle des fleurs fraîches.

Galerie florale Arturo Arita, 15, rue Jean-Jacques-Rousseau, Paris 1er. tél. : 01-40-26-80-83.

Autour de la galerie

Leclaireur Hérold Situé dans les anciennes étables d’un hôtel particulier XVIIIe, ce concept store sans vitrine fait rimer luxe avec discrétion. On y décèle de la mode établie (Gucci, Fendi) ou pointue (1017 Alyx 9SM, Boris Bidjan Saberi, Richard Quinn, Monse…) ; des éléments de décoration bourgeoise et arty ; une table intime pour trente convives maximum. 10, rue Hérold, Paris 1er. Tél. : 01-40-41-09-89.

Negropontes La galeriste de design contemporain Sophie Negropontes vient de quitter Saint-Germain-des-Prés pour la rive droite. En exposition, sa sélection racée : sculptures en verre de Perrin & Perrin et en bois signées Etienne Moyat, luminaires d’Eric de Dormael ou céramiques de Benjamin Poulanges. 14-16, rue Jean-Jacques Rousseau, Paris 1er. Tél. : 01-71-18-19-51.

Odette, l’auberge urbaine Dans ce vaisseau tout en bois et banquettes matelassées, ouvert par la famille Rostang, le chef Rémi Hénaux, arrivé il y a un an, propose une carte de bonne tenue, de saison et abordable (24 € le menu déjeuner). Gros faible pour le « truc au chocolat Jivara » et ses notes poivrées en dessert. 23-25, rue du Pont-Neuf, Paris 1er. Tél. : 01-44-88-92-78.

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