S’aimer comme on se confine : « Ce n’est pas le confinement qui a eu raison de notre couple, mais le retour à Paris »

L’amour les a rapprochés, alors même qu’ils ne pouvaient pas se rencontrer ; ils nous racontent leur histoire confinée. Gab, 28 ans, commerciale, témoigne.

Par Publié le 03 juin 2020 à 18h15

Temps de Lecture 3 min.

Amours confinés pour tous les formats notamment medias d'appel

Nous étions ensemble depuis six mois, c’est pas long, mais le confinement nous a bouleversés. Il ne faut pas s’imaginer un amour passionnel comme on le voit dans les films. C’était une histoire « normale », « parisienne ». C’est quoi une histoire parisienne ? Deux personnes au lourd passé qui se rencontrent et se malmènent ensemble en étant dans l’incapacité de se séparer parce qu’à Paris, même quand on a de bons salaires, la vie est dure.

C’est dur car les loyers sont supers chers, on a froid l’hiver et c’est la compétition au bureau. Il faut, pour survivre à Paris, se méfier des autres, protéger les apparences et continuer à pédaler pour ne pas tomber. A Paris, même les bons amis vont et viennent : pas parce qu’on ne s’aime pas, mais parce qu’on apprend la vie en permanence. Alors, une histoire d’amour, aussi risible soit-elle du point de vue d’un réalisateur et pleine de problèmes, c’est une histoire vraie aux effets d’une drogue. C’est un feu de cheminée qui réchauffe le soir.

Avec deux éducations, deux personnalités et deux parcours différents, nous nous sommes aimés sous la pluie à la sortie du travail. Il est divorcé et a un fils de 7 ans. C’est un être dur, plein de tatouages mais aussi sensible et intelligent. Une personnalité très vivante, très attachante. De mon côté, j’ai eu une vie ponctuée de départs, de transitions et de recommencements. Je suis une sorte de funambule à « l’humour snob » que j’utilise comme un hérisson qui montre les pics pour se défendre. Je cherche à me poser après de nombreuses aventures mais, aussi et surtout, après un gros coup dur de la vie. Disons qu’en vieillissant, je regarde la route toute tracée et ennuyeuse de mon frère, directeur financier, et de sa compagne, comme un paradis plutôt qu’un bagne. Le soir, après une journée fatigante, on veut rentrer chez soi. Et rentrer chez soi, c’est pas un appartement ou une maison, mais c’est un foyer.

Le 17 mars, jour où nous avons compris que nous devions quitter la ville rapidement, il hésitait à partir avec moi car il s’éloignait de son fils laissé à sa mère. J’ai dit, sans m’en rendre compte à ce moment-là, la phrase la plus romantique de ma vie : « Je ne partirai pas sans toi. »

Nous sommes partis dans la maison secondaire de mes parents, un lieu que je trouve chaleureux, en pleine nature. Lui n’aimait pas. Il angoissait beaucoup. J’ai tenu la barque de notre couple à flot en faisant tous les efforts du monde pour qu’il s’y sente bien. Au bout de quatre semaines, un anniversaire raté et une prise de conscience que nous étions très différents, nous sommes remontés à Paris. Je pensais que cette épreuve nous avait autant séparés que rapprochés. Il avait vu mes qualités, j’avais vu ses défauts mais je l’aimais.

Ce n’est pas le confinement qui a eu raison de notre couple, mais le retour à Paris. L’individualisme a repris sa place, chacun chez soi, chacun doit faire sa vie et être indépendant. Les Parisiens et les Parisiennes pensent que la liberté c’est de faire ce qu’on veut, quand on veut. Etre seul(e)s ou avec des ami(e)s souvent, mais surtout sans l’autre (!), pour lui montrer notre capacité à être détaché(e). Il faut être très entouré(e), c’est une bataille permanente. Comme si le but d’une relation était de ne pas briser l’armure ou d’avoir confiance.

Ce que j’ai appris pendant le confinement, c’est que la promiscuité et l’indépendance du couple par rapport aux autres redonnent, au contraire, sa richesse et sa liberté. Car être libre, c’est se trouver soi et son bonheur, c’est le sentiment de s’envoler. La liberté, ne serait-ce pas de s’ouvrir à l’autre et de refaire le monde ensemble sous une nuit étoilée ? Alors quand on est deux, obligés d’être deux, on doit apprendre à se connaître et régler les conflits sur-le-champ – ou dans les champs. Eh bien, c’est comme ça que j’ai appris à aimer cet homme.

Il n’a pas compris, vu, perçu la même chose. En rentrant, lui avait une soif irrépressible de voir ses amis, de prendre du temps pour lui. Ce n’est pas le confinement qui a cassé les couples. Le confinement, à l’image de la vie, a accéléré un processus : celui d’apprendre à se connaître soi et l’autre.

La peur de faire confiance, c’est ça qui augmente le nombre de ruptures. Qu’en disent les Chinois ?

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