« Le visio-machin, je n’y connais rien » : la fracture numérique en France aggravée par le confinement

A l’heure où certains ne peuvent pas envisager le confinement sans écran, des millions de Français doivent composer avec un manque d’équipement informatique ou des difficultés d’usage, renforçant leur sentiment d’exclusion.

Par et Publié le 04 avril 2020 à 05h56 - Mis à jour le 22 avril 2020 à 10h14

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Gwenaelle a dû se débrouiller pour récupérer ses attestations de déplacement dérogatoire dans les pages de La Nouvelle République et auprès de sa voisine. Frédéric, lui, s’est rendu au Super U, et Stella à la blanchisserie où elle travaille. D’autres ont pu compter sur les distributions du centre social de leur quartier pour leur en déposer dans la boîte aux lettres. Du village de Villentrois-Faverolles-en-Berry (Indre) aux quartiers populaires de Trélazé (Maine-et-Loire) et Strasbourg (Bas-Rhin), tous racontent cette même « galère » pour savoir comment obtenir et renseigner le précieux sésame, devenu nécessaire pour justifier ses trajets pendant le confinement. Plus compliqué encore quand on n’a ni ordinateur ni imprimante, ou qu’on est peu à l’aise avec l’écrit.

L’obtention de ce « bout de papier » est révélatrice à elle seule de l’exclusion numérique que subissent des millions de Français, soudain aggravée par le confinement. Et la possibilité d’avoir, depuis le 6 avril, l’attestation sur smartphone n’améliore que peu leur situation.

« Ici plein de gens ne savent même pas envoyer un e-mail, alors vous imaginez télécharger et imprimer une, puis deux attestations ? Certains préfèrent sortir sans, au risque de prendre une amende. Mais jamais ils ne vous diront : je suis bloqué, je n’y arrive pas, je n’ai pas d’ordinateur », lâche Amina*. Cette habitante d’un quartier populaire de Chambéry (Savoie) vit seule avec son fils de 12 ans. A 500 km de là, Gwenaelle, 59 ans, en invalidité, ne dit pas autre chose : « J’ai besoin d’être accompagnée, c’est compliqué pour moi d’aller sur un site. » Difficile aussi d’envoyer des e-mails seule.

« Alors que communiquer via Internet paraît quasi incontournable dans le monde professionnel et personnel, un peu plus de 21 % de la population [de plus de 15 ans] ne dispose pas de cette capacité », relevait une enquête de l’Insee en 2019.

17 % des plus de 15 ans se situent même dans une situation d’« illectronisme », c’est-à-dire d’illettrisme numérique : ils n’ont aucune compétence numérique de base ou ne peuvent se servir d’Internet, notamment parce qu’ils ne disposent d’aucun équipement adapté (connexion Internet, ordinateur, smartphone…). Parmi les plus touchés : les retraités et les précaires.

« L’accès au matériel et à la connexion pour accéder à ses droits, aux soins à distance, ou alerter en cas d’urgence apparaît comme une nécessité vitale, d’autant plus en ce moment », souligne Marie Cohen-Skalli, directrice de l’association Emmaüs Connect, qui aide les plus fragiles à s’équiper et à se former au numérique.

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