Un apéro avec Mireille Dumas : « Les éboueurs sont le miroir de notre société »

Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Pour la journaliste Mireille Dumas, qui vient de réaliser un documentaire sur les éboueurs de Paris, un porto et une soirée qui dure.

Propos recueillis par Publié le 23 mars 2020 à 07h32 - Mis à jour le 23 mars 2020 à 20h41

Temps de Lecture 8 min.

Article réservé aux abonnés

Mireille Dumas à la Closerie des Lilas, à Paris, le 5 mars 2020.
Mireille Dumas à la Closerie des Lilas, à Paris, le 5 mars 2020. Edouard Caupeil pour "Le Monde"

J’ai noyé Lénine. Enfin, j’ai renversé mon thé sur sa plaque, à la table même où il tapait des parties d’échecs avec Paul Fort. Nous sommes le 5 mars, à la Closerie des Lilas, brasserie mythique du quartier Montparnasse, à Paris. Dans cet ancien repaire de dreyfusards et de surréalistes où m’a donné rendez-vous Mireille Dumas, la vie ne s’est pas encore arrêtée. « C’était hier, une éternité », comme disait Joe Dassin. Il est 16 h 30 et hormis deux chirurgiens octogénaires qui discutent iode intraveineuse et vasodiasépine, il n’y a pas foule. « Vous avez vu les toilettes, c’est magnifique, non ? », me demande la journaliste aux 66 printemps, bêtement estampillée « psy du PAF ».

Plus de quarante ans de télé (Bas les masques, Vie publique vie privée), une vingtaine de documentaires, autant de portraits de stars (Johnny, Dalida, Aznavour, Birkin, Trénet, Bedos, etc.), cinq livres ; une institution, donc, qui n’a quasiment pas bougé. Mêmes chevelure bouclée et sourire bienveillant. Et cette voix si particulière qui vous ferait tout avouer. Assise à la place d’Apollinaire, buste penché en avant, mains croisées sous le menton, Mireille Dumas est toute à moi. J’en oublierais presque la photo de Jean d’Ormesson, hilare avec une jambe en l’air, accrochée au-dessus de sa tête. Ne pas se laisser envoûter, poser des questions… Sinon je vais me retrouver à lui raconter le jour où j’ai vu mon chaton passer sous un camion.

« Où sont passés les gens ? J’ai l’impression d’entendre en permanence des experts et des journalistes parler entre eux. »

Les exclus, les cabossés, les écorchés, c’est sa came. Pas d’attirance pour la souffrance, mais une fascination pour la résilience. Mireille Dumas est la première à avoir mis en lumière, en prime time, sur une grande chaîne, les « travestis », les féminicides, les enfants battus et violés. « Je vois les années qui passent et cela avance très peu. C’est comme si le temps recouvrait tout et qu’il fallait, tous les dix ans, recommencer. » Mireille Dumas regrette aussi ce temps où on laissait les anonymes s’exprimer : « Où sont passés les gens ? J’ai l’impression d’entendre en permanence des experts et des journalistes parler entre eux. De temps en temps, on tend un micro à un agriculteur ou un “gilet jaune”. Ça me choque. La parole est confisquée, c’est un vrai problème. »

Son dernier fait d’armes : Des ordures et des hommes, un doc pour Infrarouge sur France 2 (visible en replay) et un livre sur les éboueurs de Paris. Pas n’importe lesquels, ceux de la Fonctionnelle, l’élite des services de la propreté de la capitale, jusque-là inconnue au bataillon. « Les éboueurs nous renvoient un miroir de nos comportements et de notre mode de surconsommation. Ils sont aux avant-postes de tout ce qui se passe dans la société ; les manifs, les fêtes, les migrants, les squats, les accidents de la route, les attentats. » Ce sont eux qui, au Bataclan, ont été chargés de nettoyer « la rivière de sang ». Aujourd’hui encore, dans les rues désertées, les éboueurs continuent d’assurer la collecte des poubelles, alors que le pays est confiné.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.