Alexia Barrier : « Je suis devenue moins impatiente, plus indulgente avec moi-même »

Comment surmonter, voire enchanter, le confinement ? Des professionnels habitués à la solitude font part de leur expérience et prodiguent leurs conseils pour vaincre l’ennui et l’angoisse de l’isolement.

Par Publié le 23 mars 2020 à 12h47 - Mis à jour le 23 mars 2020 à 16h16

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Native de la Côte d’Azur, la navigatrice Alexia Barrier, 40 ans, a effectué 17 courses transatlantiques en solitaire. Elle est l’auteure de Planète océan en solitaire (Editions du Rocher, 2011)

La navigatrice Alexia Barrier pose à bord de son monocoque
La navigatrice Alexia Barrier pose à bord de son monocoque "4myPlanet", en 2010. VALERY HACHE / AFP

« Je navigue depuis l’âge de 3 ans, quand mes parents ont acheté avec quelques amis un voilier de six mètres à Antibes. A 12 ans, lorsque j’ai vu le Vendée Globe à la télévision, j’ai eu des frissons : je me suis dit : “un jour je le ferai”. Je n’ai alors dit à personne que je ferai un jour le tour du monde en solitaire. J’étais à cet âge en équipe régionale de basket-ball, où on m’avait déjà dit qu’il n’y avait pas d’avenir et je n’avais pas envie d’entendre ça à nouveau. A 18 ans, j’étais classée quatrième mondiale en équipage féminin de match racing. A 25 ans, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai participé à la Transat 6.50, de La Rochelle à Salvador de Bahia, au Brésil. Tous les gens autour de moi m’avaient mise en garde : avant de faire une course en solitaire, il faut d’abord traverser l’Atlantique avec un équipage. Mais j’avais confiance en moi, j’avais fait plusieurs courses de préparation d’une semaine.

Je me sens plus à l’aise seule au milieu d’une tempête en mer que dans les rues de Paris. Depuis, j’ai effectué 17 transatlantiques en solitaire et en équipage. Jusqu’à présent, j’ai fait un maximum de 55 jours seule sur mon voilier. En novembre, je ferai mon premier Vendée Globe et je serai seule 100 jours. La solitude relativise les problèmes de la vie courante. Sur mon voilier, je vis dans 8 m2 sans toilettes ni douche, avec un petit réchaud pour la cuisine. Je suis dans un cocon, et j’y crée mon monde, avec des choses essentielles pour me sentir bien.

« Je suis libre de mes choix, de mes agissements, sans pour autant me sentir toute puissante. »

Je ne suis pas une solitaire, j’aime être avec mes amis, ma famille, mais la solitude ne me fait pas peur. Elle permet de mettre en œuvre mes projets. Je n’ai pas l’urgence de répondre à une demande immédiate de la société. Je ne suis pas dérangée par le monde qui m’entoure, je peux prendre le temps de penser, d’envisager le monde autrement. En me retrouvant si souvent seule, je suis devenue moins impatiente, plus indulgente avec moi-même et avec les autres. Je gère mieux mes phases d’échecs et de victoires aussi.

A chaque course, j’apprends beaucoup de choses sur moi-même. J’écoute mon rythme biologique, je dors quand j’ai sommeil, même si au final je dors peu, des siestes de 8 à 40 minutes. Je mange quand j’ai faim ou avant un effort. Je suis libre de mes choix, de mes agissements, sans pour autant me sentir toute puissante. Il faut être humble face aux éléments, garder la tête sur ses épaules, car tout est possible, tout est incertain. Même quand on établit une stratégie de course, le vent, les vagues peuvent tourner d’une manière qu’on n’avait pas imaginée. On a des prévisions fiables à quatre jours, mais une tempête peut être plus violente et plus longue que prévue. Il faut rester attentif, réadapter ses choix et son comportement, parce qu’on ne peut pas se permettre de subir et d’être passif, autrement on n’avance pas et on met en danger le bateau. Il n’y a personne d’autre que moi-même pour m’aider. Je ne peux pas me permettre d’être angoissée, car avec la peur je mets ma vie en danger. Bref, je n’ai pas le temps de m’ennuyer !

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