Confinement : « L’arrêt des toutes les activités a été très brutal et notre organisme met du temps à s’habituer »

La médecin psychiatre Christine Barois a répondu à vos questions dans un tchat du « Monde » à propos des angoisses et du stress liés au confinement.

Publié le 23 mars 2020 à 14h02 - Mis à jour le 23 mars 2020 à 16h16

Temps de Lecture 5 min.

Lionel, lors de son troisième jour de confinement en famille à Lille, le 18 mars.
Lionel, lors de son troisième jour de confinement en famille à Lille, le 18 mars. COLLECTIF FAUX AMIS / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Depuis mardi 17 mars, tous les habitants de France sont confinés chez eux. Alors, est-ce normal d’être tourmenté dans cette période de confinement ? Que faire lorsqu’on est paniqué ? Comment se relaxer ? La médecin psychiatre Christine Barois, spécialiste du stress, de l’anxiété et de la dépression, a répondu aux questions des lecteurs à propos des angoisses liées au confinement.

« L’anxiété est l’anticipation négative de quelque chose, qui ne va probablement pas arriver, ou bien l’intolérance à l’incertitude. Nous sommes tous dans cette incertitude. Personne ne sait quand ni comment ce confinement cessera. Voyez cette inquiétude comme saine et normale. »

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Ronflex : Je ressens une grande fatigue physique depuis le début du confinement, ce qui est paradoxal, vu que je ne fais rien… Cela peut-il être lié au confinement et à une certaine fatigue psychologique ?

La fatigue physique peut être liée au stress du confinement. L’arrêt des toutes les activités a été très brutal et notre organisme met du temps à s’habituer. De plus, les jours qui ont précédé le confinement, nous avions tous des inquiétudes, qui ont pu se traduire par de la fatigue.

Soso : Qu’est-ce qui permet de reprendre le contrôle sur son quotidien ? De regagner de l’énergie bien qu’on se sente complètement désemparé ?

A l’origine de l’anxiété, il y a un sentiment de perte de contrôle. Pour tenter de reprendre celui-ci, je suggère d’organiser un rituel quotidien. Se lever à heure fixe, mettre en place des rituels de toilette, de ménage, de travail, etc. Egalement de sport en ligne, comme le yoga ou d’autres activités faisables à la maison. Il faut essayer aussi de rester en contact avec ses proches. Les outils technologiques, aujourd’hui, permettent d’avoir des liens avec notre famille ou nos amis, comme sur WhatsApp, FaceTime ou autres.

Gargamel : La prise de drogues douces est-elle conseillée pour surmonter le confinement ?

Pas franchement. Si votre consommation est à visée anxiolytique, il vaudrait mieux trouver d’autres moyens, comme la méditation, la cohérence cardiaque, qui pourraient vous permettre de vous détendre. Etre autonome, pour surmonter cette période de confinement, pourrait être un soulagement pour vous.

Laura : Ma mère habite seule et est d’une nature très angoissée. Je l’appelle tous les jours, mais je ne sais pas quoi faire d’autre pour l’aider à traverser cette période de confinement. Avez-vous des conseils pour aider un proche dans cette situation ?

Aux personnes les plus angoissées, il faut conseiller de s’éloigner des sources d’information non vérifiées. Il faudrait lui suggérer la lecture, écouter de la musique, avoir une activité manuelle. L’attention ne peut pas être dirigée vers deux activités en même temps. Si elle peut se concentrer sur une activité, elle ne sera pas « distraite » par l’anxiété.

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Hélène : Ma fille de 7 ans est très anxieuse dès que la nuit tombe et a un comportement inhabituellement agité jusqu’au moment du coucher. Ensuite, malgré les histoires, les câlins, elle met beaucoup de temps à s’endormir. Elle dit qu’elle a peur, mais elle ne sait pas de quoi. Comment aider les enfants pour le mieux ?

Pour votre fille de 7 ans, il faut banaliser autant que faire se peut. En lui expliquant qu’il est normal qu’elle soit inquiète. L’anxiété vient de l’impression que nous avons de perdre le contrôle. Et là, personne ne sait exactement où nous allons. Dites-lui que ce qu’elle ressent est normal. Je vous suggère les applications de méditation comme Petit Bambou ou Calm, où il y a des exercices pour lâcher prise et trouver le sommeil.

E : Sans avoir particulièrement de gros problèmes de stress, j’aimerais savoir comment gérer les sensations d’étouffement, d’« oppression » qui peuvent arriver à force de travailler enfermé dans un appartement.

C’est une source d’anxiété et de peur sans objet. Votre crainte n’est pas encore arrivée. Le phénomène ne s’est pas encore produit. Je vous suggère de revenir au présent à chaque instant. C’est un peu comme transpirer avant d’avoir chaud. Notre esprit nous joue des tours et anticipe négativement. Posez-vous la question : « Et là, tout de suite, maintenant, comment je me sens ? »

Petite question : Ma mère vit en pleine campagne assez loin de tout avec un grand jardin. Je travaille dans le milieu hospitalier et, depuis une semaine, elle ne dort plus et commence à prendre des anxiolytiques sans ordonnance. Que me conseillez-vous de faire ?

Si votre mère a l’habitude de prendre des anxiolytiques pour dormir, rien de grave dès lors que ça lui permet de faire face. En revanche, la modération est de mise. Pourrait-elle faire une téléconsultation avec un psychiatre ?

Ldlg : Je me demandais si vous aviez des conseils pour ceux qui remédient à leur anxiété à travers des troubles de l’alimentation ? Il est difficile de penser à autre chose qu’à manger, étant donné qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire.

Je vous conseille des exercices de méditation ou de cohérence cardiaque, qui vous permettent de revenir au présent. En effet, notre esprit est ainsi fait que la volonté et le raisonnement ne sont pas disponibles si nous sommes anxieux. En revanche, faire des exercices de pleine conscience nous permet de revenir dans le présent. Etre dans le présent nous permet de nous poser la question : « Ai-je faim ou envie de manger ? »

Flo : Désolé de poser la question de façon aussi simple, mais est-ce que la masturbation est un antistress ou est-ce qu’il vaut mieux faire de la méditation ?

La masturbation est une pratique d’autoapaisement comme une autre. La méditation est une pratique ancestrale qui inverse la biologie du stress. Mais, concernant la masturbation, je crains qu’au contraire cette pratique n’ait aucun effet sur la biologie du stress sur le long terme.

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Lila : Comment pallier l’impossibilité d’anticiper un temps de détente ou de plaisir à moyen terme : la sortie du confinement est inconnue et la reprise affectera certainement les vacances. Toute projection future est hypothétique, difficile donc de garder le moral. Que faire ?

L’anxiété est l’anticipation négative de quelque chose, qui ne va probablement pas arriver, ou bien l’intolérance à l’incertitude. Nous sommes tous dans cette incertitude. Personne ne sait quand ni comment ce confinement cessera. Voyez cette inquiétude comme saine et normale. Je vous suggère d’essayer d’y voir une occasion de vous demander : « Pourquoi est-ce bien de ne pas savoir ? » et « Qu’est-ce que ça m’apprend sur moi ? »

Rachida : Où et comment trouver un psy par téléphone ou webcam ? Quelqu’un de sérieux, « certifié » et, surtout, disponible ?

Il y a des plates-formes de consultation en ligne, comme Doctolib ou Qare, où il y a des médecins et des psychiatres à même de vous « recevoir » en téléconsultation.

Nostress : A rebours des autres lecteurs, je me sens peu affecté et je vis ce confinement avec beaucoup de détachement. Dois-je m’inquiéter ?

Surtout pas ! Peut-être faites-vous partie des personnes très autonomes intellectuellement et affectivement. Bravo ! Soutenez vos proches, alors, avec vos recettes.

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