S’aimer comme on se quitte : « Face à elle, je me sens insignifiante »

Deux jours dans la vie des amoureux. Le premier parce que tout s’y joue, le dernier parce que tout s’y perd. A chacun de deviner ce qui s’est passé entre-temps. Cette semaine, Charlotte, 39 ans, témoigne.

Par Publié le 13 mars 2020 à 17h15

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Premier jour

Chaque fois que je me retrouve à ses côtés, j’ai envie de prendre son visage dans mes mains pour l’embrasser. Mais je n’ose pas parce qu’elle a quinze ans de plus que moi, dirige la maison d’édition dans laquelle je suis stagiaire et que je n’ai jamais eu de relation avec une femme. Incapable d’assumer mon désir pour Zoé, je me contente du plaisir de la frôler lorsque nous sommes assises côte à côte ou quand je passe tout près d’elle. Je sais qu’elle vit avec « quelqu’un ». Parfois elle dit « une personne »… En tout cas, elle ne mentionne jamais ni le genre ni le prénom de cet(te) ami(e). Je m’autorise secrètement à rêver qu’elle aime les femmes.

Deux semaines après la fin de mon contrat, je suis invitée à une soirée pour célébrer les dernières parutions auxquelles j’ai participé. Je m’habille tout en noir, choisit des chaussures à talons et glisse à mon majeur une bague touareg dont je suis très fière parce qu’elle est unique. Une sorte de porte-bonheur. Par timidité, je salue rapidement Zoé et vaque à d’autres occupations auprès des uns et des autres, tout en gardant un œil sur elle, attentive à ses moindres mouvements. Alors que la fête bat son plein, elle se dirige vers moi et, avec un sourire ravageur, me tend une enveloppe. « Ouvre-la quand tu seras rentrée chez toi », murmure-t-elle avant de s’éloigner. Mon cœur se met à pulser de toutes ses forces, ma vue se trouble, mes mains tremblent… J’ai la sensation que cette enveloppe contient quelque chose d’important. Je respecte son souhait et glisse le billet dans mon sac à dos, au vestiaire. Je n’ai qu’une envie : le lire.

De retour chez mes parents, une fois la porte de ma chambre fermée, je découvre sa lettre manuscrite. Une page recto verso, une écriture à l’encre bleue, des mots un peu plus gras que d’autres, des espaces comme des hésitations… C’est une lettre remplie d’émotion qui sonne comme un aveu : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », conclut-elle. Pour la première fois, je ressens la force de la formule de Lamartine. Accrochée à cette lettre que je relis des dizaines de fois, je prends conscience que notre attirance est réciproque. Je me glisse dans mon petit lit, totalement bouleversée… Vais-je m’autoriser à sauter le pas avec elle ? J’ai 20 ans, je ne connais pas l’amour ou très peu et, surtout, je ne cesse de me répéter que c’est plus facile d’aimer les hommes.

Mais dès le lendemain, convaincue que je ne peux pas passer à côté de cette histoire, je lui donne rendez-vous dans un café parisien, près de la rue de Rivoli. Lorsque j’arrive, elle est déjà là, souriante, calme, observatrice. Je m’assois, un peu gênée par ce que je vais lui dire. J’allume une cigarette et passe rapidement aux aveux… Alors que j’imaginais que nous allions nous embrasser fougueusement, elle reste interdite, presque choquée par ma déclaration. « Je ne m’y attendais pas, sourit-elle. Je t’ai écrit pour me libérer de mes sentiments, sans penser une seule seconde que tu pouvais ressentir la même chose. »

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