S’aimer comme on se quitte : « Au téléphone, elle m’annonce que c’est fini. Je suis effondré »

Deux jours dans la vie des amoureux. Le premier parce que tout s’y joue, le dernier parce que tout s’y perd. A chacun de deviner ce qui s’est passé entre-temps. Cette semaine, Frédéric, 55 ans, témoigne.

Par Publié le 17 février 2020 à 18h30

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Premier jour

J’habite dans les Hautes-Alpes, une région touristique où je travaille comme saisonnier, ce qui me permet de voyager le reste du temps. En 1988, l’année de mes 25 ans, je décide de traverser l’Atlantique à la voile en bateau-stop. Sur les conseils d’un ami, je pars à Palma de Majorque, où je fais des petits boulots sur des voiliers, le plus souvent du nettoyage ou du bricolage, pour nouer des contacts en vue de me faire embarquer.

Malgré mes efforts, je ne trouve rien, jusqu’au jour où je passe devant le Félin, un Swan 65 amarré au port qui ferait pâlir d’envie mes amis voileux. J’enfile des habits nickel pour me présenter au skipper sous mon meilleur jour… Bien que néophyte, je dois lui paraître suffisamment crédible, car il m’engage pour une transatlantique jusqu’aux Antilles. Je suis exalté de partir avec des inconnus !

« Seuls au monde pendant un mois, nous partageons nos vies, là, au milieu de l’océan. »

Invité un soir à faire connaissance avec le reste de l’équipage, je sympathise rapidement avec une Allemande qui a mis ses études entre parenthèses pour partir en mer. Cela fait déjà un moment qu’elle œuvre sur le Félin. Alors que le skipper est un ancien de la Royal Navy, sympathique mais bourru, Lena est accueillante. Chaleureuse et souriante, elle se soucie du bien-être des nouveaux venus. On dirait que le bateau lui appartient.

C’est avec elle que je vais partager les quarts, trois heures à la barre, tous les deux, toutes les six heures, jour et nuit. Ça ne s’arrête jamais. Nous vivons le moment présent, regardons les arcs-en-ciel décoller de la mer et replonger des centaines de kilomètres plus loin, observons les étoiles filantes et parlons de nos sensations.

Seuls au monde pendant un mois, nous partageons nos vies, là, au milieu de l’océan : de mon côté, je vis une relation libre et joyeuse avec ma petite amie restée en France ; Lena, elle, vient de quitter son copain. Elle n’a que 20 ans mais a déjà beaucoup vécu : elle a passé une partie de sa vie au Royaume-Uni puis au Brésil avant d’emménager à Majorque. Nous devenons des confidents, mais il y a des moments où nous nous tenons côte à côte sans parler. Juste à regarder la courbe de la Terre avec cette impression d’être sur un ballon bleu.

« Nous nous serrons fort dans les bras. Je réalise que je viens de vivre une expérience de vie plus qu’une expérience marine, qui m’attache profondément à Lena. »

Alors que le voyage touche presque à sa fin, je voudrais lui avouer mes sentiments, qui n’ont cessé de grandir. Je n’ose pas, c’est difficile… Si elle me rejette, qu’allons-nous faire ? Pas moyen de partir chacun de son côté ! Quand je trouve le courage de lui parler, elle sait déjà. « Mais tu as une copine en France, non ? » Je lui plais, mais elle n’envisage pas de commencer une histoire sur le bateau. « Trop de promiscuité. » Après notre arrivée en Guadeloupe, notre skipper sort une bouteille de champagne. J’ai la boule au ventre, je ne veux pas laisser Lena ni le bateau. C’est un peu comme si j’avais emmené ma maison avec moi et que, d’un seul coup, j’étais mis à la rue. Nous nous serrons fort dans les bras. Je réalise que je viens de vivre une expérience de vie plus qu’une expérience marine, qui m’attache profondément à Lena.

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