Que reste-t-il de nos baisers ?

Au cinéma comme dans la vie, le mystère du dernier baiser reste entier. Un point final qu’on ne voit pas toujours venir, et que l’on peine à oublier.

Par Publié le 10 février 2020 à 02h09 - Mis à jour le 11 février 2020 à 14h40

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Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans « A bout de souffle », de Jean-Luc Godard, en 1960.
Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans « A bout de souffle », de Jean-Luc Godard, en 1960. BELA PRODUCTION / PROD DB

Le Dernier Baiser tourne en boucle. Annie Girardot et Serge Lama chantent. Au piano, Alice Dona. Trois minutes ou à peine moins. Le temps d’une bluette des années 1970, qui servit de générique à un film lui aussi oublié (Dolorès Grassian, 1977). Sa tonalité en mi mineur ne donne pas super envie de rire. « Le dernier baiser/On l’ignore encore, pourtant, c’est le dernier baiser/Le dernier accord sur une guitare brisée/Le point d’orgue au milieu d’un chef-d’œuvre inachevé. » Grave et un peu cucul. Un résumé des choses de la vie, de ces vies qui ont passé. Le temps a fini par sécher les larmes. Au moins fait-on semblant de le croire. Du brouillard est tombé. Que reste-t-il vraiment de nos amours ? Un dernier baiser.

Drôle de souvenir, qui revient en plein cœur, porté par le ressac des jours. Chez l’un comme chez l’autre – celui qui est parti, celui qui est resté. On y distingue un peu de honte et pas mal de douleur. Aussi net qu’un dessin d’enfant. Aussi flou qu’une photo de Denis Roche. Pas facile à oublier. On ne parle pas du décor, bien sûr, quoique, mais de la chaleur, du parfum, du goût et de ce moment précis où les lèvres se sont séparées en dénouant les langues pour mieux serrer les gorges. Surtout une. Parfois, vous le savez aussi bien que moi, il y a de la colère. Le dernier baiser, c’est un point-virgule qui se prend pour un point final. D’où le problème.

« Ça devait arriver, comme un feu qui s’éteint ou une dent de lait qui tombe. On n’a choisi ni le moment ni l’endroit. »

« Au cinéma, il finit l’histoire mais dans la vie, il y a encore une scène : quand on rouvre les yeux, on voit quelqu’un de dos, qui s’en va, dit Philippe, 65 ans. Ça devait arriver, comme un feu qui s’éteint ou une dent de lait qui tombe. On n’a choisi ni le moment ni l’endroit parce qu’on n’est jamais le metteur en scène de son existence. Le récit, on le construit après. Sur le moment, on est dépassé. Le dernier baiser, ce n’est plus de l’amour : c’est ce qu’il en reste. » Coupez ! Il n’y aura pas de deuxième prise. Mais, quelquefois, il y a une saison 2.

« Un jour, dans un café, je croise une de mes anciennes petites amies, se souvient Pierre, 69 ans. Elle est au bras d’un garçon. Pas un regard. Bon. En repartant, toujours sans me regarder, elle pose, discrètement, sur ma table une boîte d’allumettes. Au revers : une heure, une adresse. Très intéressant. Je m’y rends. Je sonne. Elle m’ouvre. Elle me dit : “Je me marie demain. C’est avec toi que je veux enterrer ma vie de jeune fille”. Au matin, sur le palier, nous nous sommes embrassés. Pour la dernière fois. Tout avait été consenti. Personne ne trahissait personne. Personne ne quittait personne. Il n’y avait peut-être même pas d’amour. »

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