Chez Marc Chauvet, le téléphone sonne toujours cent fois

Frédéric Potet sillonne la France pour relater petits et grands événements. A Sèvres-Anxaumont (Vienne), il a rencontré un comptable à la retraite harcelé par le démarchage téléphonique. Non, il n’a pas l’intention d’isoler les combles de sa maison.

Publié le 12 janvier 2020 à 12h15 - Mis à jour le 13 janvier 2020 à 06h28 Temps de Lecture 2 min.

Marc Chauvet, retraité de LCL, chez lui, à Sèvres-Anxaumont (Vienne).
Marc Chauvet, retraité de LCL, chez lui, à Sèvres-Anxaumont (Vienne). F.P.

Fléau des temps modernes, le démarchage téléphonique recèle d’insondables mystères. A Sèvres-Anxaumont (Vienne), Marc Chauvet en sait quelque chose. Cet aimable retraité de la banque LCL a beau se poser la question à chaque fois que retentit la sonnerie de son téléphone fixe, il ignore pourquoi ses interlocuteurs lui proposent, quasi systématiquement, de souscrire à un seul et même service : l’isolation des combles de sa maison, moyennant un euro. Il y a bien, de temps en temps, un appel pour lui vendre une mutuelle aux prestations miraculeuses ou de l’électricité à un tarif défiant toute concurrence. Mais la très grande majorité des coups de fil intempestifs qu’il reçoit, à toute heure de la journée, ne parlent que de laine de verre soufflée et de polystyrène expansé. « Je ne comprends pas pourquoi, soupire Marc Chauvet. Et je comprends d’autant moins que nous avons refait l’isolation de la maison il y a deux ans et demi. »

Alors l’ancien comptable, âgé de 68 ans, a décidé, il y a neuf mois, de tout noter. Notamment le nom des entreprises qui viennent l’importuner : France Isolation, Bureau d’études Iso, Grenelle Habitat, Pacte énergie solidarité, Agence nationale Euro Iso… Certaines ne déclinent aucune identité, se contentant d’un message préenregistré qui déclame tout de go : « Agence gouvernementale ! », avant de décrire promptement le dispositif des certificats d’économie d’énergie (CEE) que l’Etat a renforcé il y a un an (dans lequel il est effectivement question de travaux de rénovation en échange d’un euro symbolique, mais seulement au bénéfice des ménages très modestes).

« “A con, con et demi”, telle est ma devise »

Quand une voix automatisée lui propose d’appuyer sur la touche 1 de son téléphone s’il est « intéressé », Marc Chauvet appuie sur le 1. « Je veux avoir quelqu’un au bout du fil, tout simplement pour lui dire d’arrêter de m’appeler. “A con, con et demi”, telle est ma devise. Malheureusement, c’est sans effet. » Un même numéro, se terminant par 38, l’appelle toutes les semaines chez lui, quand ce n’est pas tous les jours. Depuis qu’il s’est inscrit sur Bloctel – dispositif d’opposition au démarchage téléphonique mis en pla­ce par la loi du 17 mars 2014 relative à la consommation –, les appels sont moins nombreux. Mais pas moins dérangeants quand ils surviennent, par exemple, au matin du 1er janvier.

« Les personnes au bout du fil n’y peuvent rien. Elles sont mal payées, stressées et soumises à une forte pression. Je ne voudrais pas être à leur place »

Ancien conseiller municipal UMP de Sèvres-Anxaumont, Marc Chauvet ne s’est énervé qu’une seule fois. Le reste du temps, il s’efforce de demeurer poli. « Les personnes au bout du fil n’y peuvent rien. Elles sont mal payées, stressées et soumises à une forte pression. Je ne voudrais pas être à leur place. A mon époque, on allait au boulot en sifflotant. Je ne pense pas que ce soit encore beaucoup le cas aujourd’hui. Notre société va bien mal », déplore-t-il. S’inscrire sur liste rouge serait la solution, mais Marc Chauvet ne le veut pas. « Vendeur relais » d’un producteur de champagne, il a besoin de figurer dans l’annuaire pour écouler ses palettes d’extra-brut et de grand cru prestige. L’homme est également médium : il lui arrive de réaliser des consultations « à distance », à partir de son téléphone domestique.

C’est d’ailleurs sur son numéro fixe, après avoir pris connaissance de son ras-le-bol dans La Nouvelle République, que nous avons laissé un message pour le rencontrer. « Vous savez pourquoi je vous ai rappelé ?, demande-t-il. Parce que vous m’avez appelé à 11 h 11. » Las des mystères du démarchage téléphonique, Marc Chauvet préfère largement ceux de la numérologie.

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