« Avancez dans le couloir, s’il vous plaît ! »

Pourquoi cette supplique, qui résonne dans les rames bondées de métros et de RER, n’a que peu d’effets ? Eléments de réponse avec les psychologues Maéva Bigot et Aura Hernandez.

Par Publié le 12 janvier 2020 à 16h53 - Mis à jour le 14 janvier 2020 à 10h43

Temps de Lecture 2 min.

C’est souvent la seule parole qui résonne dans les rames bondées de métros et de RER, en ces jours de grève : « Avancez dans le couloir, s’il vous plaît ! » La supplique n’a généralement que peu d’effets. Les chanceux qui ont pu gagner l’allée centrale, moins dense, ne bougeront que de quelques centimètres, quitte à laisser d’autres voyageurs à quai. Comment s’explique ce phénomène ? Espace intérieur mal pensé ? Anxiété de ne pouvoir s’extraire ? Epuisement, règne du chacun pour soi ? Maéva Bigot et Aura Hernandez, psychologues sociales et cofondatrices du cabinet conseil Psykolab, esquissent d’autres pistes de réflexion.

Maéva Bigot : « La foule produit fréquemment de l’indifférenciation et une dilution de responsabilité : je me sens moins personne particulière, responsable, en lien avec les autres, davantage simple élément de l’environnement parmi tant d’autres. L’accès au service se transforme en compétition exacerbée dans un contexte de grève. D’autant que le trajet est saccadé – à chaque étape, la compétition se réactive – et que les voyageurs sont soumis à une forte pression temporelle. L’autre est moins important que moi, mon espace vital est plus important que le sien, l’empathie décroît. Comme lors d’une agression dans la rue, à laquelle personne ne réagit… Pour contrebalancer les effets de la dilution de responsabilité, et avoir plus de chance que la personne agisse, il faut s’adresser directement à elle, en la regardant : “S’il vous plaît, est-ce que vous pouvez avancer ?” Et expliquer le sens de cette demande. »

Aura Hernandez : « Notre espace vital minimal dépend de notre culture, mais aussi du contexte, du climat social : pendant une feria, ou dans les transports après une victoire à la Coupe du monde de football, nous tolérons une promiscuité égale à celle du RER un jour de grève. Mais elle est choisie. Et comme l’on sent que des comportements d’entraide sont possibles, la perception du danger n’est pas la même. La densité est vécue très différemment. Le sentiment de non-choix, la compétition et la répétition de ce qui est vécu comme des agressions quotidiennes provoquent une usure psychologique. Lorsque nous sommes noyés dans la foule, notre système reptilien, nos réflexes de survie, s’activent pour protéger notre intégrité personnelle. Nous réagissons pour conserver un certain équilibre, jusqu’à parfois ne plus tolérer la présence de l’autre. Ou bien nous essayons de retrouver notre espace vital en nous créant une bulle mentale agréable. Impuissants devant la défaillance des systèmes, nous nous protégeons par le silence, l’apathie, le déni de ce qu’il se passe. »

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