Un château de sable avec Alice Zeniter : « J’aime l’idée qu’on puisse se choisir des pays »

L’auteure de « L’art de perdre » a choisi les Côtes d’Armor pour écrire en solitaire. Près de la mer, forcément.

Par Publié le 17 août 2019 à 01h03 - Mis à jour le 22 août 2019 à 19h31

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Alice Zeniter sur la plage de Bréhec, à Plouézec (Côtes d’Armor), le 6 juin.
Alice Zeniter sur la plage de Bréhec, à Plouézec (Côtes d’Armor), le 6 juin. THIERRY PASQUET / SIGNATURES POUR « LE MONDE »

Vent du sud-ouest. Du continent déboulent d’anarchiques nuages découvrant tour à tour, en haut des falaises verdoyantes qui calfeutrent le petit port, une déchirure bleue ou l’obscurité triomphante des ciels d’orage. A quelques minutes d’intervalle, vous voilà sous l’averse ou à musarder sur le sable que la marée descendante découvre peu à peu.

Bréhec. Breheg en breton. Côtes-d’Armor. Quelque part entre Paimpol et Saint-Brieuc. C’est ici qu’Alice Zeniter, 33 ans, tour à tour du soleil dans les yeux et l’orage également, déjà six romans multiprimés à son actif (et autant de textes pour le théâtre ou la jeunesse), finaliste du Goncourt des lycéens pour L’Art de perdre (Flammarion, 2017), a trouvé un refuge à sa plume. Enfin, pas sur la bande côtière, mais là-haut, sur le plateau, du « mauvais côté de la départementale », laquelle délimite une frontière marquée par le prix du mètre carré entre riches et pauvres.

« Au début, je pouvais écrire partout, dans les cafés, les trains, les avions, je pouvais voler des demi-heures. Maintenant, j’ai besoin de temps longs de concentration »

« Je voulais partir de Paris parce que je n’arrivais plus à écrire, explique la jeune femme en chassant une boucle brune que le vent rebelle. Au début, je pouvais écrire partout, dans les cafés, les trains, les avions, je pouvais voler des demi-heures. Maintenant, j’ai besoin de temps longs de concentration. Ça fait chier, je vieillis. Et puis, j’ai aussi besoin de m’isoler parce que quand ça ne va pas bien, je peux être lourde. Dans les romans américains écrits par des hommes, on lit souvent à la fin : “Je remercie ma femme pour sa patience et sa compréhension.” Ça veut dire que tu as été un tel connard ! Pas du tout envie de ça. »

Elle ne veut pas d’enfants. Elle le revendique

La première fois qu’Alice Zeniter débarque ici, c’est en 2015. A Binic, au Lynceus Festival, où avec sa compagnie de théâtre, L’Entente cordiale, elle présente une pièce revisitant le mythe du pirate C’est quoi politiquement ? Il y a quoi au-delà du cache-œil et de la jambe de bois ? »). Elle trouve une maison à louer à Saint-Quay-Portrieux, puis avec l’argent de Sombre dimanche (Albin Michel, prix du livre Inter 2013) elle achète la maison.

« J’ai rêvé un truc à la Jim Harrison, ou à la John Gardner. L’écrivain solitaire, la cabane… » Elle en rit. Mais le fait est : la maison se chauffe au bois. Tous les matins, il faut fendre les bûches, raconte ce grand brin de femme en déployant son corps. « Ma vie est une lutte constante pour l’organisation de mon temps. J’ai besoin d’un temps pour écrire, un temps amoureux avec mon mec pour que ce soit beau, un temps de socialisation, un temps pour le théâtre… »

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