Un château de sable avec Rudy Ricciotti : « Je suis un ingénieur d’opérette mais un architecte de combat »

Le héraut du béton fibré nous a reçu avec sa compagne, Myriam Boisaubert, dans leur villa de Cassis. Une débauche d’énergie et de paroles avec quelques verres de bandol.

Par Publié le 28 juillet 2019 à 00h59 - Mis à jour le 28 juillet 2019 à 06h20

Temps de Lecture 6 min.

Article réservé aux abonnés

Rudy Ricciotti chez lui, à Cassis (Bouches-du-Rhône), le 26 mai.
Rudy Ricciotti chez lui, à Cassis (Bouches-du-Rhône), le 26 mai. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »

«Myriam ! Il est là, le journaliste ! Il a pas une mauvaise gueule… » Débraillé, cheveux en bataille, des morceaux de feuillage collés aux poils de son poitrail dénudé, Rudy Ricciotti, 67 ans, l’architecte du MuCEM à Marseille, du Pavillon noir à Aix-en-Provence, de la Passerelle de la paix à Séoul, du Palais du cinéma à Venise (entre cent autres), hèle sa compagne.

Au bout de la presqu’île de Cassis (Bouches-du-Rhône), des murs de parpaing crépis et coiffés de tessons de bouteille ne laissent aucunement soupçonner la villa ouverte aux vents marins et aux odeurs de la pinède qui se cache derrière. Un luxe sans ostentation qui se nourrit de la nature, plantations d’iris, oliviers quatre fois centenaires, agrumes…

« Je lutte contre les “punaises diaboliques” et les “frelons asiatiques”, gueule l’architecte en courant derrière une sauterelle énorme qui vient de passer du pin au figuier. Ce sont des espèces qui n’apportent strictement rien et qui tuent les pollinisateurs. J’aime mieux les “guêpes maçonnes” ; des collègues. » Pourtant, un jour, alors qu’il était nu, il a été piqué sur la verge. « Je me suis vu grandir, ironise-t-il, moitié riant, moitié grimaçant. J’ai failli appeler les pompiers. »

Cinq lions dans la chambre

Scolopendres à la morsure méchante, couleuvres qui envahissent le jardin, piège pour les pies… Il est en lutte avec les prédateurs. « J’essaye de pratiquer le chamanisme avec ces animaux. Je dis aux scolopendres : je te respecte chez toi, mais ici, ce n’est pas ta maison », raconte celui qui a cinq lions dans sa chambre, un félin dans la salle de bains et un tigre royal posant avec un alligator énorme, poulet dans la gueule, dans le vaste séjour. Empaillés, certes, mais impressionnants.

« Etre architecte, c’est croire que tu peux encore transformer le réel », dit-il. Et peut-être à cette aune n’est-il jamais autant architecte qu’ici, à transformer ce morceau de rocher, 5 000 m2 de pinède, en un château de sable pour adulte averti : peuplé d’un imaginaire rebelle à tout sauf à lui-même. Un pied de nez « dadaïste », plaide-t-il.

Rudy Ricciotti a acheté la propriété en 2010 à la famille Beuchat, pionniers du matériel de plongée. « J’ai toujours vécu en bord de mer. D’abord en Camargue, puis à Bandol, maintenant ici. La Méditerranée est une déchirure qui ne cicatrise pas. Je la vois comploter contre moi. Le paradoxe, avec un tel endroit, c’est que tu ne t’habitues pas », dit-il en regardant le cap Canaille, qui se découpe à l’est sur le bleu du ciel.

Il vous reste 67.01% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.