Un château de sable avec Clara Luciani : « Je suis mélancolique. Comme tous les clowns… »

Deux cents concerts. Un an qu’elle ne voit pas le jour. Rencontre avec une grenade pas totalement dégoupillée.

Par Publié le 21 juillet 2019 à 06h31

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Clara Luciani, à Golfe-Juan, Vallauris (Alpes-Maritimes), le 4 juin.
Clara Luciani, à Golfe-Juan, Vallauris (Alpes-Maritimes), le 4 juin. PATRICK GHERDOUSSI POUR « LE MONDE »

« Bon les gars, c’est pas la teuf. C’est horrible ! Il fait pitié ce château. » Maquillée de près, coquettement habillée, sur la plage, Clara Luciani a fini par enlever ses sandales jaunes. Le bas de son jean trempant dans l’eau, elle a emprunté un seau et une pelle aux enfants qui jouaient, et a commencé à rafistoler un château de sable qu’une main ­inconnue avait laissé là, à s’éroder doucement face aux vents marins. Sortant une feuille de papier, la chanteuse a in fine bricolé un petit drapeau : Sainte-Victoire, du nom de son album inspiré par la montagne qui coiffe son pays d’Aix-en-Provence, et avec lequel elle a justement obtenu au ­début de l’année une Victoire de la musique.

Combien d’années qu’elle n’a pas fait ça, un château de sable ? « La mer, c’est l’enfance. La plage de la Couronne, à Martigues [Bouches-du-Rhône]. La vieille voiture pourrie des parents, pleine de sable. » C’est là, sur la banquette arrière, maillots mouillés, qu’elle et sa sœur aînée, Léa (qui fait également une carrière musicale sous le nom d’Ehla), se forgent la voix. A ce souvenir, son visage s’illumine d’un éclair indulgent : « Shout it loud : aye aye aye babooshka babooshka aye aye aye i-a-i-aye » : Kate Bush. Léa chantait dans les aigus ; et elle, déjà, de cette voix grave et posée qui fait qu’on la compare – ça et les cheveux (longs-raides-frange) – à Françoise Hardy.

Tournée fleuve

On a attrapé Clara Luciani à Golfe-Juan, à Vallauris dans les Alpes-Maritimes, au détour d’une tournée-fleuve. Deux cents concerts. Un an qu’elle ne voit pas le jour. « C’est assez rare de profiter de l’endroit où l’on est », dit-elle comme si elle émergeait d’un rêve. Il y a une timidité dans sa voix, dans son attitude, mais aussi une volonté de jouer le jeu, de bien faire. Ce serait quoi ? Enlever ses chaussures, et se foutre à l’eau, ou vérifier que les clichés que l’on prend d’elle sont adéquats ? « On est la génération Instagram, observe-t-elle. On est pris en photo sans cesse, cela donne une hyperconscience de l’image, on sait qu’il faut se présenter sous son meilleur angle. C’est comme ça. »

« Hé toi/Qu’est-ce que tu regardes ?/T’as jamais vu une femme qui se bat/Suis-moi/Dans la ville blafarde/Et je te montrerai/Comme je mords, comme j’aboie… » : son tube, La Grenade. 29 millions de vues sur YouTube.

Enfance sur la plage de la Couronne

Elle avait 9 ans, en 2001, lorsque la famille a quitté la petite ­maison de pêcheur de Martigues pour Bouc-Bel-Air et Septèmes-les-Vallons, entre Aix-en-Provence et Marseille. « Je crois que ce fut un de mes premiers chagrins d’enfant », confesse-t-elle. Elle n’est plus jamais retournée à la plage de la Couronne et ne se souvient pas avoir refait des châteaux dans le sable. Quand la tournée l’a amenée au printemps au Théâtre des Salins à Martigues, l’émotion l’a étreinte : « C’était fou. Il y avait même ma directrice d’école primaire… » Elle a un sérieux de briscard(e) et des innocences de jeune fille.

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