« J’ai un couteau dans les mains. C’est lui ou moi »

S’aimer comme on se quitte : deux jours dans la vie des amoureux. Le premier parce que tout s’y joue, le dernier parce que tout s’y perd. A chacun de deviner ce qui s’est passé entre-temps. Cette semaine, Caroline, 25 ans, raconte.

Par Publié le 07 juin 2019 à 18h30

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Premier jour

C’est le début de l’été, je viens de terminer mon BTS et j’ai besoin d’argent. Mon cousin travaille au supermarché de notre petite ville, il transmet mon CV. C’est la première fois de ma vie que je deviens caissière, mais ça me plaît, c’est tranquille comme emploi, et cela me permet de payer mon permis. Ça m’est égal de ne pas être en vacances, les cadences sont importantes, je n’ai pas le temps de m’ennuyer ni de regretter mes amis, je suis assez solitaire de toute façon. Et puis je cherche à oublier cette rupture douloureuse que je suis en train de vivre. Je me suis séparée de mon premier amoureux, à l’âge où on n’a rien vécu, où on pense qu’on ne vivra plus rien et que c’est la fin du monde.

Je remarque vite ce client qui vient tous les jours avec son copain pour acheter une bière ou des paquets de chips. A chaque fois, il passe à ma caisse, me fait des sourires, et des phrases bateau, il a l’air timide. « Salut, ça va ? – T’es encore en vadrouille ? » lui ai-je répondu, guère plus inspirée. On n’a pas vraiment le temps de discuter : il y a souvent la queue derrière lui. Un jour, son ami vient tout seul : « Tu sais, Yann, il t’aime bien. » Ça me touche, me redonne confiance en moi. Je le trouve beau. Il n’est pas très grand, brun, les cheveux courts, tatoué sur les mains et les bras, musclé sans être bodybuildé, des dents droites et des boucles d’oreilles. C’est un été de canicule, il passe sa vie en polo Ralph Lauren col relevé, Ray-Ban sur la tête – mec classe un peu bad boy, parfait pour se changer les idées.

Je vois que je lui plais, mais il n’ose pas trop me parler. Il vient avec son chien aussi, un chiot berger allemand, j’adore les animaux, à chaque fois je dis bonjour au chien pour pouvoir échanger avec lui aussi. On se tourne autour, j’attends qu’il me propose un verre, mais ça ne vient pas.

Le 14 juillet, il est encore à ma caisse. Je lui demande : « Tu vas au feu d’artifice à côté du lac ce soir ? » Je ne lui laisse pas le temps d’hésiter : « Tu viens me chercher tout à l’heure et on y va ? » Je me surprends de mon audace à l’alpaguer, alors qu’il est là, planté au milieu des portes automatiques du supermarché qui ne peuvent plus se refermer. Dans le reste de la file, les clients m’observent, amusés, d’un air de « elle est bien entreprenante celle-là ».

Je finis à 13 heures ce dimanche-là, il m’attend sur le parking du supermarché. Il y a une friterie et des chaises en plastique. On reste là, on enchaîne les cornets, les canettes, les discussions sur son chien et mes chats. Il fume des joints, il a 29 ans, habite la même ville que moi, n’a pas envie de travailler, il passe du chômage aux vacances, mais je ne le juge pas, il a une façon de parler assez charmante.

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