S’aimer comme on se quitte : « Elle épluche tout le temps mes messages, c’est insupportable, son insécurité permanente »

Deux jours dans la vie des amoureux. Le premier parce que tout s’y joue,  le dernier parce que tout s’y perd. A chacun de deviner ce qui s’est passé entre-temps. Cette semaine, Julien, 47 ans, raconte.

Par Publié le 26 octobre 2018 à 14h07 - Mis à jour le 08 novembre 2018 à 14h04

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Premier jour

Chaque jeudi matin, je donne des cours à l’université. Les élèves sont aussi énergiques que ma vie professionnelle et sentimentale est apathique, ça me fait du bien d’être à leur contact. La fac tombe en ruines, mais la classe est d’un bon niveau. De belles amitiés sont en train de se nouer dans ce groupe. C’est rafraîchissant, vivifiant même, cela me rappelle ma jeunesse.

Au beau milieu de mon exposé d’économie, mon regard croise le sien et je bafouille, je rougis, je me bloque. Pendant ces 3-4 secondes d’éternité, je crois que toute la classe comprend que j’ai flashé sur cette fille, mais non, en fait, tout va bien. Mon trouble n’est pas remarqué. Plus tard, Alicia m’avouera que personne n’écoutait mon cours. Alicia, c’est son prénom, est l’une de mes élèves. Elle est très belle, mais ce n’est pas un mannequin anorexique. Avec son corps en sablier, ses formes rondes et ses fines attaches, elle a un côté pin-up des années 1950. Bien sûr, je sais qu’un prof ne doit pas fricoter avec un élève. C’est une barrière mentale que je m’interdis de franchir.

L’année se termine, les diplômes sont remis : la cérémonie est l’occasion de se recroiser. A la fin de la soirée, un verre à la main, je me lance et j’invite un petit groupe d’élèves à la grande fête que j’organise le lendemain pour mon anniversaire. Je sais qu’elle en fait partie. Ils débarquent en bande, et elle est là, chez moi, rayonnante. Elle me plaît, mais je n’ose pas, elle est trop jeune, nous avons dix-neuf ans d’écart. Un obstacle qui, visiblement, ne lui fait pas peur : elle sort ce soir-là avec l’un de mes amis. Une histoire sans lendemain, mais qui me la rend accessible.

Passent les vacances, elle m’écrit à la rentrée pour une histoire d’attestation. A 11 heures, elle débarque dans mon bureau, toujours aussi jolie, et accepte mon invitation à déjeuner. A table, elle me parle d’un concert où elle se rend le soir même, j’ai étonnamment aussi prévu d’y aller. Je suis rationnel, je ne crois pas aux signes, mais là j’imagine que tout est possible. On se retrouve à la sortie du spectacle, c’est l’hiver, il fait très froid. Quelques banalités de conversation puis je la raccompagne chez elle. Devant son immeuble, je l’embrasse timidement. La différence d’âge est toujours là, mais elle a 24 ans, pas 17, elle sait ce qu’elle fait.

Je la laisse remonter chez elle. Sur le chemin du retour, je ramasse dans la rue un beau tapis en laine épaisse. Je le porte sur mon dos, vingt minutes de marche jusqu’à chez moi, je sue comme un bœuf. Il me faudra plusieurs semaines pour comprendre que j’ai ramené dans mon appartement une meute de punaises de lit assoiffées de sang, et presque une année entière pour m’en débarrasser. Dans cette période difficile, Alicia est d’un soutien sans faille. Nous sortons ensemble, je rencontre ses amies. L’une d’entre elles, Claire, cherche à me prévenir : « Tu sais, Alicia, c’est le feu », confie-t-elle, sibylline.

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