Des chefs d’entreprise coachés pour affronter une garde à vue

Avec la mise en application de la loi Sapin 2 sur la transparence de la vie économique, de plus en plus de « cols blancs » suivent des séances de coaching pour faire face à d’éventuelles enquêtes.

Par Publié le 30 juin 2017 à 14h45 - Mis à jour le 02 juillet 2017 à 06h50

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Kami Haeri, associé du cabinet d’avocats August Debouzy, anime des formations à la garde à vue auprès des cols blancs.

Arriver à la convocation avec trois couches de vêtements – un tee-shirt, une chemise qui sera pliée durant la nuit et enfilée avant de voir le juge, et un pull qui servira d’oreiller. Ne pas hésiter à exercer son droit à voir un médecin pour lui demander un cachet pour dormir. Ne jamais réagir aux propos de tiers qui, cités par les officiers de police judiciaire (OPJ), peuvent être tronqués et sortis de leur contexte. Ne pas chercher à se justifier. Ne pas « sonoriser » le silence. Si une question n’est pas claire, demander à ce qu’elle soit reformulée.

Depuis quelques semaines, c’est ce genre de conseils que les avocats spécialisés en droit pénal des affaires dispensent aux « cols blancs » lors de séances de formation… à la garde à vue.

C’est une conséquence inattendue de la mise en application, depuis le 1er juin, de la loi Sapin 2 sur la transparence de la vie économique : soumis à une batterie de nouvelles contraintes en matière de transparence, de plus en plus de chefs d’entreprise suivent des séances de coaching.

« On a décelé chez beaucoup de dirigeants des phénomènes de soumission à l’autorité, une incapacité à avouer qu’ils ne savent pas… » Guillaume Didier, de Vae Solis

« Désormais, la loi prévoit que les entreprises de plus de 500 salariés appliquent un plan de détection des fraudes et de sensibilisation à la probité. Elle consolide aussi le statut des lanceurs d’alerte. Pour les chefs d’entreprise, le risque d’exposition à des enquêtes augmente, et ils veulent être prêts », constate Kami Haeri, associé chez August Debouzy.

Public « sensible et peu aguerri »

Le cabinet parisien, qui accompagne des dirigeants de société mis en cause dans des enquêtes pénales depuis plus de vingt ans, a été le premier à dispenser des entraînements de deux heures, qui abordent les différents actes coercitifs judiciaires (réquisition, perquisition, audition libre, garde à vue).

D’autres cabinets d’avocats ou de communication spécialisés en gestion de crise l’ont rejoint sur ce terrain, proposant des coachings individuels ou des ateliers collectifs destinés au top management, facturés jusqu’à 6 000 euros la journée. Toujours dans la plus grande discrétion : « Beaucoup de nos clients redoutent qu’en cas de perquisition, le fait d’avoir suivi une telle formation attise le soupçon des enquêteurs », explique Guillaume Didier, spécialiste de la communication de crise chez Vae Solis.

Pourtant, à en croire leurs avocats, la plupart des « cols blancs » français ont besoin de ces séances d’entraînement tant ils constituent un public « sensible et peu aguerri ». « La garde à vue est faite pour intimider, et cela marche d’autant mieux sur des gens qui n’ont pas l’habitude et perdent leurs repères, remarque Kami Haeri. On a décelé chez beaucoup de dirigeants des phénomènes de soumission à l’autorité, une incapacité à avouer qu’ils ne savent pas et donc une tendance à l’interprétation, aux approximations, une habitude de la séduction… »

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