Osman Elkharraz, le héros déchu de « L’Esquive »

Malgré le sacre du film d’Abdellatif Kechiche aux Césars 2005, le jeune acteur n’a pas réussi à donner une suite à sa carrière. Il raconte son retour à la vie de galère dans un livre.

Par Publié le 03 mai 2016 à 16h04 - Mis à jour le 06 mai 2016 à 13h57

Temps de Lecture 3 min.

Le comédien Osman Elkharraz, révélé dans

La dernière fois que vous avez vu Osman ­Elkharraz, c’était en 2004, il avait 13 ans. L’Esquive, le deuxième film d’Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet, La Vénus noire, La Vie d’Adèle), venait de sortir, sa bouille était collée sur les flancs de bus. Osman, alias Krimo, tenait le premier rôle masculin au côté de Sara Forestier. Tous deux récitaient du Marivaux. Elle a poursuivi sa carrière, comme Sabrina Ouazani, une autre actrice du film. Pas lui.

Bande-annonce de « L’Esquive » (2005)

Malgré le sacre de L’Esquive aux Césars (quatre statuettes remportées) en 2005, Osman est retourné à la galère d’où Kechiche l’avait – un peu – sorti. Ces dernières années, alors que les autres enchaînaient les rôles, lui a « dormi dehors, dormi dans des caves, dormi dans des Lavomatique, pas dormi de la nuit ». A 26 ans, il publie Confessions d’un acteur déchu. De L’Esquive à la rue, coécrit par Raymond Dikoumé (éditions Stock, 232 p., 18,50 euros, sortie le 11 mai). Et avoue avoir « la rage » contre le milieu du cinéma, qui ne laisse aucune chance aux types comme lui. Contactés à l’occasion de la publication de son livre, ses anciens « collègues » de tournage sont tous aux abonnés absents.

Livré à lui-même dès l’âge de 9 ans

Osman Elkharraz a grandi à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Livré à lui-même depuis la mort de sa mère, quand il a 9 ans, il est orphelin à 12, lorsque son père, incarcéré au Maroc, meurt d’un cancer. Son grand frère a beau trimer chez Attac et garder des bécanes volées dans le garage du pavillon familial, la fratrie apprend vite à se passer d’eau et d’électricité. Pas de chauffage l’hiver, pas de télé le soir, pas de lumière, pas de linge propre et beaucoup d’absences à l’école. « A l’époque, j’y allais quand il pleuvait », lâche-t-il aujourd’hui, entre deux bâillements, laconique et jet-lagué par une vie sans répit. Il fait ses premiers cambriolages à 11 ans. Des barbecues dans la cour de la maison à 3 heures du matin.

En 2002, il est remarqué par des responsables de casting alors qu’il traîne à La Défense, chez Auchan. La production cherche une équipe de jeunes acteurs non professionnels. Osman s’impose, comme une évidence. S’ensuit un tournage sous extrême tension, comme souvent, semble-t-il, avec Kechiche. Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, vedettes de La Vie d’Adèle couronné à Cannes en 2013, avaient d’ailleurs créé la polémique en évoquant ses méthodes tyranniques.

Sauf qu’à la différence des deux actrices, le gosse n’était pas habitué à obéir, ni à s’écraser. Osman a 13 ans, « pas de limites », pas de manières, pas de plan de carrière, et il incendie Kechiche devant toute l’équipe. Le réalisateur le calme, histoire de sauver son premier long-métrage. Mais le gamin sera largement évincé de la promo et, lors de la soirée des Césars en 2005, il sera le seul à ne pas toucher la statuette du meilleur film qui passe de main en main…

De casting en casting

De toute façon, entre-temps, la vie a repris son cours, et Osman Elkharraz, 14 ans, passe le plus clair de son temps au sommet d’une tour de La Défense à vendre du shit. Il faut bien vivre, la maison est vendue, et son cachet bloqué jusqu’à ses 18 ans (il ne percevra alors que 2 800 euros sur les 8 000 qu’il attendait, faute d’être allé les réclamer en justice comme les autres). Mais il ne lâche pas, tente le cours ­Florent, joue le jeu des castings, un peu dégoûté.

« J’ai croisé Kechiche. Il me regardait même pas, il s’éloignait en me parlant… » Osman Elkharraz

Officiellement, aujourd’hui, il attend toujours que Jamel Debbouze, rencontré un jour Porte de Clignancourt, le reçoive comme promis. En vrai, il s’est fait une raison : « Si tu veux ­tourner, faut savoir te vendre. (…) J’ai vu des gens se dandiner, ça allait trop loin. C’était plus de la lèche, c’était de la pornographie », écrit-il. Il a proposé à Kechiche, qu’il a recroisé un jour qu’il faisait le coursier, de ­tourner un film sur sa vie : « Il me regardait même pas, il s’éloignait en me parlant, en me disant que je pouvais revenir prendre un café… », lâche Elkharraz, qui espère que son livre ­intéressera un autre scénariste.

Installé dans le 20e arrondissement de Paris, il a repris le deal – des livraisons Colombes-Pont de Neuilly (« que du stress ») –, fait ses cinq prières par jour, et claque son cash dans des séjours au Maroc, le pays de son père.

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