A Bordeaux, l’expo sur la sneaker reprend son cours

Le Musée des arts décoratifs et du design de Bordeaux retrace, à travers 600 pièces exceptionnelles, la folle course de la sneaker, chaussure de sport devenue un accessoire essentiel au luxe et à la mode.

Par Publié le 30 juin 2020 à 10h00

Temps de Lecture 3 min.

Modèle Slider signé Pierre Hardy X Mathias Kiss, 2017.

« Nous étions en plein montage, les sneakers étaient en cours de livraison, et tout s’est figé… Il a fallu rebondir très vite, gérer l’acheminement de centaines de paires, raconte Constance Rubini, directrice du Musée des arts décoratifs et du design de Bordeaux et commissaire de l’exposition « Playground, le design des sneakers ». Mais nous sommes de retour au musée depuis le 11 mai et tout repart sur les chapeaux de roues. »

Tous les collectionneurs sollicités ont accepté de prolonger leur prêt. Initialement programmée du 9 avril au 27 septembre, l’exposition a ouvert ses portes le 20 juin. Sans vernissage, mais avec une inauguration en ligne. « Nous avons dû revoir les installations interactives et le parcours pour que les visiteurs ne se croisent pas. »

« L’objet est à deux vitesses : on passe très vite du pain au chocolat au lingot d’or. » Constance Rubini, directrice du Musée

La scénographie, confiée à Mathieu Lehanneur, a aussi été modifiée pour respecter les mesures sanitaires. La réouverture du musée a été accueillie avec ­soulagement, la crainte était grande de voir partir en fumée les deux ans de dur labeur nécessaires pour ­réunir 600 pièces d’archives, dont 450 paires de sneakers. Il a fallu faire appel à 80 prêteurs différents, dont des collectionneurs privés aux Etats-Unis et en Europe. Parmi eux, Tex Lacroix, l’un des premiers à avoir popularisé la Nike Air Force 1 en France.

« Nous exposons des paires excessivement chères, très coûteuses à assurer, je n’avais pas du tout anticipé cet aspect-là. La sneaker était pour moi l’objet démocratique par excellence, mais, en réalité, c’est aussi, paradoxalement, un accessoire très luxueux. L’objet est à deux vitesses : on passe très vite du pain au chocolat au lingot d’or », poursuit Constance Rubini. Certaines paires exposées valent ainsi plusieurs centaines de milliers d’euros.

Manipulées avec des gants

Le 17 mai, une paire d’Air Jordan 1, portée par Michael Jordan pendant un match, a été vendue 560 000 dollars (498 900 euros) par la maison Sotheby’s. Le record actuel. On ne la verra pas à Bordeaux, mais une quarantaine de paires iconiques seront présentes : la Stan Smith d’Adidas créée par Robert Haillet, la Nike Air Max dessinée par Tinker Hatfield, une paire de Converse des années 1930 ou encore le premier modèle Slip-on de Vans… Fabriquées dans des matériaux peu durables, les baskets sont présentées avec autant de soin que des textiles anciens, protégées de la lumière du jour, manipulées avec des gants.

Plus largement, l’exposition revient sur l’histoire culturelle de cet accessoire totémique. « Dans les années 1980, les sneakers deviennent des symboles de l’anticonformisme, des outils de distinction pour des icônes du hip-hop et de la break dance ou d’affirmation sociale et culturelle pour certaines minorités. Puis, elles se retrouvent bientôt aux pieds de tous. » Le sujet est si riche que Constance Rubini a fait appel à un comité scientifique composé d’experts transversaux, réunissant notamment Jacques Chassaing, créateur chez Adidas depuis 1981 (qui a signé, entre autres, la Forum), Alexander Taylor, designer industriel, ou encore Pierre Demoux, auteur de L’Odyssée de la basket (La Tengo, 2019).

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« J’ai apprécié que le musée me contacte pour partager mon expérience, car l’idée n’était pas de monter une énième exposition sur le sujet mais de faire les choses différemment, en creusant autant l’aspect sociologique que ­technique », souligne Jacques Chassaing, qui a permis, exceptionnellement, aux équipes du musée d’accéder aux archives d’Adidas. L’exposition couvre ­d’ailleurs un large spectre, jusqu’à la présentation des enjeux de la mode éthique et du développement durable réunis dans une salle entière – car, aujourd’hui, la sneaker verte est déjà plus qu’un marché de niche.

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« Playground – Le design des sneakers », Jusqu’au 10 janvier 2021, au Musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux.

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