John Roberts, l’équilibriste de la Cour suprême

Président de la plus haute juridiction américaine, le juge Roberts n’hésite pas à faire bon usage de sa voix, dans le strict esprit de la législation, quitte à s’opposer à Donald Trump. Le 18 juin, il a ainsi annulé une décision qui pénalisait les « Dreamers ».

Par Publié le 27 juin 2020 à 01h39 - Mis à jour le 27 juin 2020 à 05h53

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Donald Trump (de dos) et le juge John Roberts, le 4 février, au Congrès, à Washington.

John Roberts était président de la Cour suprême avant le mandat de Donald Trump, et il le sera après. C’est l’­avantage des postes à vie. Nommé en 2005 par George W. Bush, il en est à son troisième président des Etats-Unis.

A 65 ans, il peut imaginer diriger la plus haute instance juridique du pays pendant encore une bonne quinzaine d’années. Autant dire que la temporalité de Twitter et des cycles électoraux n’est pas la sienne. John Roberts peut se permettre la tempérance, le recul et la perspective. Tout ce qui insupporte Donald Trump.

Le 18 juin, le président de la Cour suprême a apporté la voix décisive, dans ce cénacle de neuf juges composé de quatre ­progressistes et de cinq conservateurs, pour annuler une ­décision symbolique de l’administration Trump. Elle privait d’un statut provisoire près de 650 000 « Dreamers », ces migrants arrivés dans la clandestinité aux Etats-Unis pendant leur enfance. John Roberts, qui a rédigé lui-même l’arrêt, s’est ­prononcé sur la forme et non sur le fond, mais il a néanmoins provoqué les hurlements du locataire de la Maison Blanche.

La droite religieuse en rage

Rappelons que le juge est un multirécidiviste. Le Parti républicain ne lui pardonnera sans doute jamais d’avoir sauvé en 2012 la réforme de santé de Barack Obama. En 2019, il s’est opposé à ce que le recensement décennal des Etats-Unis comporte une question sur la situation légale des habitants. Les adversaires de cet ajout considéraient qu’il dissuaderait potentiellement les sans-papiers de se signaler et que l’état des lieux du pays ainsi établi serait donc mensonger.

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Le 15 juin, avant de sévir sur l’immigration, John Roberts avait déjà fait s’étouffer de rage la droite religieuse. Il avait en effet soutenu, avec les quatre juges nommés par des présidents démocrates (dont les trois femmes de la Cour), que la loi de 1964 contre les discriminations à l’embauche s’applique aux homosexuels et aux personnes transsexuelles. Des ­sénateurs républicains ont crié à la traîtrise et ont accusé le président de la Cour suprême de légiférer à leur place.

Contre la légalisation du mariage pour tous

Ces décisions ne révèlent pourtant qu’un aspect de John Roberts. La gauche américaine lui reprochera sans doute éternellement la suppression en 2010 des fragiles garde-fous qui tentaient de limiter l’influence de l’argent en politique.

Elle n’a pas oublié non plus que la Cour suprême, sous sa houlette, a affaibli considérablement le Voting Rights Act, la loi favorisant la participation électorale des minorités, en laissant les mains libres aux Etats, au risque de voir se multiplier les obstacles, tout particulièrement dans ceux dirigés par les républicains.

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