ANTHONY GERACE POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE » d'après Martin Bureau / AFP ; Fred Marvaux / Rea ; Louis Monier / Gamma Rapho ; Gallimard.

Prescription, déni, complaisance… Matzneff, une affaire toujours en souffrance

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Publié le 26 juin 2020 à 01h56 - Mis à jour le 26 juin 2020 à 19h51

Vanessa Springora mesure chaque jour le pouvoir de son livre grâce à un banal carton. Il est posé dans un coin de son appartement parisien et déborde de lettres. Depuis la sortie du Consentement (Grasset), il y a six mois, en janvier, les lecteurs ne cessent de lui écrire. Tous ébranlés par le récit littéraire de sa relation avec Gabriel Matzneff, écrivain désormais soupçonné de pédocriminalité. C’était en 1986, il avait 50 ans, elle, à peine 14.

Depuis son bureau de directrice des éditions Julliard, Vanessa Springora, 48 ans aujourd’hui, n’en revient toujours pas. « Je pensais que le livre aurait un écho dans le petit milieu parisien, qui savait encore qui il était, mais pas auprès de la jeunesse, qui ne le connaissait pas. J’ai utilisé les initiales GM pour en faire un personnage universel. » D’ailleurs, elle prononce rarement le nom de Matzneff. Le livre a provoqué une onde de choc. Il bat des records de vente (132 000 exemplaires), s’apprête à être distribué dans vingt-cinq pays et déclenche cette avalanche de courrier.

« Les lecteurs se reconnaissent dans le récit, me disent à quel point il leur a fait du bien, car il démonte le mécanisme de prédation. » Vanessa Springora

« J’ai reçu plusieurs centaines de lettres, estime-t-elle. J’ai été étonnée que les gens prennent la plume. Je ne veux pas être étiquetée militante ou représentante d’une cause, mais je me suis rendu compte qu’on vit dans une société malade. Les lecteurs se reconnaissent dans le récit, me disent à quel point il leur a fait du bien, car il démonte le mécanisme de prédation. Des psychanalystes le recommandent à leurs patients, des magistrats me contactent. Le livre a un effet libérateur pour la société. »

Dans le carton sont aussi rangées des lettres plus particulières. Douze femmes et deux hommes, qui ont eu des relations avec l’écrivain, la remercient d’avoir brisé le silence (sauf une, toujours admirative de l’homme de lettres). « J’ai trouvé cela absolument bouleversant », confie-t-elle. A tous, elle a conseillé de contacter les policiers qui enquêtent sur ce qui est devenu « l’affaire Matzneff ».

« Aujourd’hui encore, dans ce pays, les écrivains sont sacralisés. (…) Jamais un ouvrier pédophile n’aurait été protégé ainsi. » Norimitsu Onishi, correspondant du « New York Times » à Paris

L’engouement médiatique est retombé, mais les effets de l’affaire sont loin d’être dissipés. Beaucoup de Français ont découvert un écrivain peu connu, présumé innocent et toujours réfugié en Italie. Il loge dans un lieu tenu secret, depuis la fermeture, pour cause de confinement, de l’hôtel 4-étoiles de Bordighera, sur la Riviera italienne, où il séjournait jusque-là. « Un hôtel financé par des amis », précise un proche, sans en dire plus.

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