« Ecolo » : La première fois que « Le Monde » l’a écrit

Dans plusieurs grandes villes de France, les défenseurs de l’environnement pourraient réaliser de bons scores au second tour des municipales, le 28 juin. Le diminutif « écolo », d’abord réservé aux sympathisants, fait son apparition dans le quotidien le 28 mars 1977.

Publié le 26 juin 2020 à 12h45 Temps de Lecture 4 min.

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Daniel Cohn Bendit, alors coprésident du groupe des Verts au Parlement européen, le 4 mars 2010, à Aix-en-Provence.

Il semble qu’on ne les prenne plus du tout pour des rigolos. A la veille du second tour des municipales, les écologistes sont en bonne posture dans plusieurs métropoles – Lyon, Marseille et Bordeaux notamment. Alors, en face, on s’agite : alliances entre listes LRM et LR, messages alarmistes sur le péril vert… Autant de menaces en forme de reconnaissance pour les « écolos » qui espèrent enfin récolter les fruits de la prise de conscience environnementale.

Etonnamment, le terme n’apparaît pas dans Le Monde au lendemain de Mai 68, quand émerge le combat écologiste. Pas davantage au début des années 1970 alors que des milliers de personnes convergent vers le Larzac. Ni même lors de l’élection présidentielle de mai 1974 qui voit un candidat porter pour la première fois les couleurs de l’écologie ­politique – René Dumont ne rassemblera que 1,32 % des voix. C’est que le journal de référence n’a pas le diminutif facile.

La pique est facile

Il faudra attendre le 28 mars 1977 pour que Le Monde s’autorise son premier « écolo ». C’est Dominique Desanti qui le laisse échapper dans un reportage réalisé au lendemain des municipales. On y suit Marielle, jeune mère de famille, qui a soutenu la liste Paris écologie dans la capitale. Elle se poste devant une grande surface avec un panneau assurant la promotion de Radio Verte, pionnière des radios libres soutenue par Brice Lalonde.

Certains clients font mine de s’intéresser, d’autres s’agacent. « Un jeune en jeans, l’air intense des “politisés” attaque. “Ah votre écolo, comme bidon ! Irresponsable, quoi ! La tête sous l’aile pour le choix de société ! Votre révolution, c’est de cuire dans trois eaux des légumes sans engrais !” » La pique est facile, elle n’en fera pas moins florès. Mais à l’époque, la jeune femme en sourit, nous dit Dominique Desanti qui juge bon de préciser que « Marielle ne rêve pas de revenir au temps d’avant le tout-à-l’égout, au temps des marchands d’eau. Elle rêve que les techniques servent à l’ensemble des gens. “Il y a sans cesse plus de citadins et sans cesse moins d’air et d’eau et de vert pour eux.” »

Usine de pesticides

Cette ligne de crête qu’on n’appelle pas encore développement durable apparaît plus saillante dans un article du 12 novembre 1977. Marc Ambroise-Rendu est allé à la rencontre des ouvriers grévistes de la Littorale, à Béziers, une usine de pesticides appartenant à Union Carbide. Bhopal, site indien de la même multinationale, n’est pas encore synonyme de catastrophe écologique majeure. L’heure est au progrès et, à Béziers, il porte l’étrange nom de Temik : « Encore un de ces produits-miracles de la phytochimie moderne (…). Les paysans mélangent le granulé aux graines de betterave et sèment. Malheur aux taupins et pucerons qui s’attaqueraient à la plante. Elle pousse, indemne, superbe et lors de la récolte le poison a disparu de lui-même ; biodégradable en quelques mois. »

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