La consécration ajournée de la plasticienne Kapwani Kiwanga

Le printemps s’annonçait riche pour cette artiste maintes fois récompensée. Mais comme beaucoup, la Franco-Canadienne a vu son agenda chamboulé, avec des expositions reportées et d’autres qui se dérouleront sans elle.

Par Publié le 05 juin 2020 à 14h53

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La plasticienne Kapwani Kiwanga.

Ayant fait des récits du passé son matériau ­de ­prédilection, Kapwani Kiwanga, 42 ans, ne se hasarde pas dans des projections sur le « monde d’après ». Et c’est un hasard si le titre de son exposition, « A certain distance », choisi bien avant la pandémie, préfigure la distanciation physique. Programmé au printemps au Crédac, à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, cet accrochage, reporté au début de 2021, devra être réajusté, en fonction des contraintes sanitaires du moment.

Car l’artiste franco-­canadienne bardée de récompenses avait notamment imaginé un espace initialement propice aux rencontres. Les fins tissus transparents, prévus pour tapisser les parois de la salle, devaient « s’imprégner de la présence des gens ». La métaphore, fut-elle jolie, risque bien d’être censurée par un comité d’hygiène. « Personne ne sait comment les gens vont se comporter à l’avenir, s’ils seront psychologiquement prêts à se trouver dans un même espace, répond placidement l’artiste, depuis la cour de son immeuble du 13e arrondissement parisien, où elle s’isole pour passer ses appels. On verra. »

Confinement, déconfinement, Kapwani Kiwanga cherche à garder son cap, sans se laisser distraire. À d’autres, donc, les grandes tirades sur les possibles changements à venir. C’est dans son œuvre que l’artiste préfère rappeler les oubliés, les marginalisés, l’asymétrie du pouvoir, les liens entre ravage écologique et désastre économique. C’est dans ses vidéos et installations que l’on pourra, ou pas, lire en filigrane l’influence de ses racines tanzaniennes, sur lesquelles elle rechigne à s’attarder tant le sujet lui semble réducteur. « Pourquoi mettre en avant une origine quand vous en avez plusieurs ? », s’insurge cette adepte des voyages.

Un fastidieux télétravail

Le report des expositions et des performances, à Paris, Londres, Mérignac et Vancouver, a chamboulé son propre calendrier, tandis que le maintien de certaines autres se fera sans elle. « L’interdiction de se déplacer est ce que je vis le plus difficilement, car j’ai besoin d’expérimenter physiquement les espaces où s’intègrent mes œuvres », confie-t-elle, ne croyant guère à l’expérience virtuelle de l’art. Pour cette plasticienne, qui surveille de près la production de ses projets, une succession fastidieuse de conversations Skype a remplacé la présence physique.

Vertières, 1803, (série Nations, 2018).

C’est de loin, derrière son écran, qu’elle supervise, dans le prolongement de sa série Nations, la confection par des artisans haïtiens de drapeaux brodés de perles vaudoues ­destinés à une exposition à la galerie Jérôme Poggi, à Paris, reportée de mai à octobre. En Allemagne a été fabriquée son œuvre d’acier et de papier de canne, qui dialogue avec la rétrospective de Frank Walter accessible depuis le 16 mai au Museum für Moderne Kunst, à Francfort.

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