Elon Musk est-il un vrai moderne ?

Le patron de Tesla et de SpaceX a été le premier à envoyer, samedi 30 mai, des astronautes dans l’espace par le biais d’une société privée. Sous ses airs fantasques, le multimillionnaire est peut-être plus réactionnaire que visionnaire…

Publié le 05 juin 2020 à 14h30 Temps de Lecture 2 min.

Elon Musk, à Cap Canaveral, samedi 30 mai.

L’argument astronomique

Même si les combinaisons de ses premiers passagers semblent tirées d’un vieux James Bond, le techno-entrepreneur Elon Musk, 48 ans, est bien un évangéliste du futur. Difficile d’avoir l’air plus moderne (et cool) que le fondateur de SpaceX qui a assuré, ce week-end (en partenariat avec la NASA), le premier vol habité privé de l’histoire vers la Station spatiale internationale. Tout en récupérant sagement son lanceur d’engin réutilisable. Un petit pas pour Elon, un pas de géant pour le business spatial et le tourisme orbital.

Lire aussi SpaceX a lancé deux astronautes de la NASA dans l’espace, une première historique pour une société privée

L’argument disruptif

Installer un lit de camp dans son usine de voitures électriques Tesla pour corriger les défauts d’une ligne de montage, se lancer dans la construction de fusées sans rien y connaître, se déchaîner dans des joutes picrocholines sur Twitter… Rien n’effraie plus Elon Musk depuis qu’il a compris, enfant, que sa peur du noir était due à la raréfaction des photons. S’il est comparé à Iron Man, mi-super-héros, mi-PDG, Elon Musk est surtout un Super Disruptif, toujours à l’avant-garde, qui repousse les limites par son intelligence et son intuition.

L’argument visionnaire

1988. Un jeune Sud-Africain débarque aux États-Unis avec de bonnes bases en informatique. Il monte un premier business et devient un millionnaire d’Internet. Mais, à la différence de Steve Jobs, qui ne vendait que des gadgets, ou de Mark Zuckerberg, qui fait commerce de nos données, Musk veut changer le monde pour le sauver. Fournir à l’humanité une énergie renouvelable, des transports propres, la faire sortir de son berceau terrestre en colonisant Mars… De SolarCity à SpaceX, les projets de Musk s’inscrivent dans une vision positive du futur.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’« alien » Elon Musk est « partout sauf sur Terre »

Le contre-argument astronomique

Oui, Elon nous fait lever les yeux au ciel. Mais pour y voir quoi ? La perpétuation d’un esprit de conquête avide qui nourrissait jadis les entreprises d’expansion coloniale. Si le millionnaire rêve d’aller sur Mars, c’est surtout pour découvrir d’autres mondes habitables. Bref, ce n’est jamais que la première étape d’une investigation immobilière : où se loger hors de notre bonne vieille Terre surchauffée ? Et, vu le prix du ticket d’entrée pour une simple balade dans l’espace, on imagine déjà à qui seront réservés les futurs pavillons avec piscine dans la banlieue d’Alpha du Centaure…

Le contre-argument disruptif

Quand Elon Musk se lève de son lit de camp en pleine crise de production dans sa Gigafactory du Nevada, ce n’est pas toujours du bon pied. Une réponse trop vague ou une simple incompréhension peuvent suffire au maître des lieux pour renvoyer aussitôt un employé pourtant dévoué comme le rapportait le magazine Wired en 2018. C’est que le millionnaire ne supporte pas que sa volonté soit entravée. Fût-ce par le coronavirus. Après avoir minimisé la pandémie, Musk a ainsi ferraillé avec les autorités californiennes pour obtenir la réouverture anticipée de l’usine Tesla de Fremont.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Elon Musk se rebiffe et veut « libérer » Tesla

Le contre-argument visionnaire

En vérité, si Elon voit le futur, il voit surtout son futur, un monde façonné à sa main dans lequel la technologie résout tous les problèmes. Jusqu’au moindre caprice. Ainsi, c’est parce qu’il était bloqué dans un embouteillage à Los Angeles que le tycoon a créé The Boring Company en 2016, une entreprise qui vise rien de moins que résoudre la congestion urbaine. Sa solution : développer les réseaux routiers en construisant des tunnels pour des… Tesla. En attendant, la compagnie a surtout fait parler d’elle en commercialisant un lance-flamme. Pas sûr que Greta Thunberg en achète un.

Contribuer

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.