Christophe Lannelongue, l’évincé du Grand-Est ne perd pas le nord

Le directeur général de l’Agence de santé Grand-Est a été le seul fusible administratif de ­l’épidémie. ­Alors que se profile une enquête au Sénat, ce haut fonctionnaire en fin de carrière prépare sa défense et pointe certains manquements de l’Etat.

Par Publié le 05 juin 2020 à 14h41 - Mis à jour le 07 juin 2020 à 05h56

Temps de Lecture 14 min.

Article réservé aux abonnés

Christophe Lannelongue, chez lui, à Paris, le 26 mai.

Le Covid-19 ne lui a pas laissé le temps de devenir l’« affaire Lannelongue ». Pourtant, à ce jour, il est l’unique fusible administratif qui a sauté durant la crise sanitaire. Le 8 avril, Christophe Lannelongue, directeur général de l’agence régionale de santé (ARS) de la région Grand-Est, est démis de ses fonctions en conseil des ministres. Depuis ce jour, l’homme est confiné-déconfiné dans son appartement de l’Est parisien. Sa position n’est pas commode. Il est assis de guingois à la table de son bureau, agrippé à son ordinateur. Il souhaite corroborer tout ce qu’il va nous dire par des documents et des pièces administratives faisant foi. « J’ai été confronté à la crise du sang contaminé. J’étais au cabinet de Pierre Joxe, ministre de l’intérieur, à l’époque [de 1984 à 1986, puis de nouveau à partir de 1988]. C’est pour ça que, depuis le début de la crise du Covid, j’ai tout gardé. Pour essayer de montrer que j’ai toujours agi de manière équilibrée et raisonnée. »

Retour clinique sur les faits : quatre jours avant son limogeage, M. Lannelongue participe à une conférence de presse audio destinée aux médias locaux. Il répond à une question presque anodine sur le maintien du projet de réorganisation des hôpitaux de Nancy, en mauvais état depuis vingt-cinq ans, qui prévoit une restructuration assortie d’une suppression de 174 lits et de 598 emplois sur cinq ans : « Il n’y a pas de raison de remettre en cause le Copermo pour le CHRU [Centre hospitalier régional et universitaire] de Nancy. Le dossier devrait être examiné début juin. (…) La trajectoire reste la même. »

M. Lannelongue vient de manquer une grosse occasion de se taire. Tout s’emballe. Le maire radical de Nancy et président du conseil de surveillance du CHU, Laurent Hénart, et le président de la commission scientifique du CHRU de Nancy, Christian Rabaud, se fendent d’un courrier rouge de colère au ministre de la santé sur lequel rebondit Olivier Véran qui condamne sans détour les propos tenus dans un Tweet : « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent et de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra. » Trois jours plus tard, le sort de Christophe Lannelongue est scellé en conseil des ministres.

Une faute politique

L’affirmation du directeur général de l’agence régionale de santé provoque un tollé majuscule car le Grand-Est subit, au même moment, le pire de la crise. A la date du 6 avril, 1 574 personnes y sont mortes et 4 801 y sont hospitalisées, dont 937 en réanimation. La veille, lui réitère ses propos sur France 3. M. Lannelongue est donc coupable, au minimum, d’une erreur de communication. Les neuf fonctionnaires, pas moins, qui composent la cellule de communication de l’ARS du Grand-Est sont impuissants à enrayer le processus de déboulonnage de leur patron.

Il vous reste 84.32% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.