Tereza Cristina, la « Mme déforestation » de Jair Bolsonaro

La redoutable et influente ministre brésilienne de l’agriculture est une dame de fer dévouée à l’agronégoce, dont la politique vient de conduire à un nouveau record de déforestation.

Par Publié le 29 mai 2020 à 02h02 - Mis à jour le 29 mai 2020 à 13h10

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Tereza Cristina, dans son bureau du ministère de l’agriculture, à Brasilia, le 18 janvier 2019.

Le chiffre est tombé en pleine pandémie, effrayant : + 55 %. Il ne s’agit pas du nombre de décès du Covid-19, mais bel et bien de l’explosion de la déforestation en Amazonie brésilienne depuis le début de l’année. 1 202 kilomètres carrés de forêt tropicale ont disparu en quatre mois, soit plus de 1 400 terrains de football par jour. Du jamais-vu, en pleine saison des pluies, selon l’Institut de recherche spatiale du Brésil (INPE), à ajouter aux 10 000 kilomètres carrés rasés l’an dernier.

Derrière ces données, il y a un homme, bien sûr, Jair Bolsonaro. Mais aussi une femme : Tereza Cristina, 65 ans, toute-puissante ministre de l’agriculture et, à coup sûr, la personnalité la plus influente du gouvernement d’extrême droite. On l’avait rencontrée en novembre 2019, par un après-midi orageux dans son vaste ministère de verre et de béton, posé sur l’axe monumental de Brasilia. Policée, précise, ­prévenante, avec son mètre cinquante-six et ses sérieuses lunettes, « Tereza » ressemble si peu à son patron. « Elle est le visage respectable de ce gouvernement de fous furieux », constate un observateur.

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Tout la prédestinait à ce poste. Tereza Cristina Corrêa da Costa Dias (de son nom complet) naît en 1954 dans une famille ­latifundiaire du très rural Mato Grosso do Sul. Diplômée en agronomie, elle travaille un temps pour des firmes agricoles privées, avant d’être gagnée par le virus de la politique, devenant, en 2007, secrétaire à l’agriculture du Mato Grosso do Sul (Etat issu de la scission du « grand » Mato Grosso, en 1977) puis députée fédérale en 2014 et enfin ministre en janvier 2019.

La « muse du poison »

Sa compétence sur les thèmes agricoles est saluée par tous, à droite comme à gauche. « Ces thématiques, je les pratique depuis toujours, j’ai une certaine intimité avec elles », se flatte Tereza Cristina. Elevée à la ferme, elle n’a pourtant rien d’une paysanne. Pendant sa jeunesse, ses parents l’envoient habiter à New York chez une tante, mariée à un diplomate. La jeune Tereza découvre alors le jazz et la littérature. Le dieu de la bossa-nova, Tom Jobim, vient gratter la guitare dans le salon, accompagné à l’occasion de chanteuses lyriques.

« Le président m’écoute, j’ai toute liberté pour lui donner mon opinion. » Tereza Cristina

Députée, elle prend vite la tête du puissant FPA, lobby de l’agronégoce à la Chambre, dont sont membres la moitié des parlementaires. « Tereza » est une femme à poigne à la Thatcher, une « Iron Lady », dans tous les sens du terme. Souffrant d’obésité morbide dans sa jeunesse, elle subit une chirurgie bariatrique et perd 30 kilos : aujourd’hui encore, elle prend des injections de fer. Elle est aussi, et peut-être surtout, une femme controversée, surnommée la « muse du poison » en ­raison de son soutien acharné aux pesticides. « Au début, ce surnom m’embêtait, maintenant, c’est devenu une blague ! », dit-elle en riant, sûre de son fait et de sa puissance. Pesticides, déforestation, taux de change, accords commerciaux… depuis son arrivée au gouvernement, aucun dossier ne lui a échappé.

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