Hervé Lequeux / Hans Lucas pour M Le magazine du Monde

« Vu que le centre commercial est fermé, y en a un deuxième qui ouvre, chez les gens » : débrouille et entraide dans les cités confinées de Clichy-Montfermeil

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Publié le 15 mai 2020 à 00h33 - Mis à jour le 16 mai 2020 à 16h18

Dans le hall de l’immeuble, les mouches s’agitent par dizaines. Des tags recouvrent les murs. Les boîtes aux lettres sont défoncées. Pour entrer dans la barre Mermoz, à la cité du Chêne pointu, un ensemble de copropriétés privées délabrées à Clichy-sous-Bois, dans l’est de la Seine-Saint-Denis, il suffit de pousser du coude les lourdes portes vitrées, quasiment toutes cassées. Les digicodes ont été arrachés depuis longtemps.

C’est ici que Maryam, 27 ans, a grandi, dans un appartement au rez-de-chaussée. Comme beaucoup d’habitants rencontrés au cours de ce reportage, elle n’a pas souhaité donner son nom de famille. Robe longue et colorée, foulard noir dans les cheveux, Maryam se tient debout devant l’ascenseur. Le panneau électrique affiche « En maintenance ». Les gens du quartier disent de Maryam qu’elle a réussi.

Après une scolarité avortée, elle a rejoint une école de la deuxième chance, un établissement pour l’insertion dans l’emploi (Epide). « C’était un peu militaire. Tu te lèves à 6 heures du matin, le lit au carré, on t’apprend La Marseillaise. Là-bas, c’est bien, y a que des “cassos” », raconte-t-elle, en souriant.

« Je squatte où je peux, aujourd’hui au salon, demain, quand ma petite sœur partira travailler, je pourrai aller dans son lit. Je jongle. » Maryam, 27 ans

Maryam n’est pas un cas social, mais cette fille d’émigrés maliens force parfois un peu le trait pour faire comprendre qu’elle n’est pas née avec une cuillère en argent dans la bouche. Comme quand elle dit « ici, c’est l’Afrique », pour souligner le fait que les immigrés, principalement des Noirs et des Arabes, sont concentrés dans ces quartiers populaires depuis des décennies. Maryam travaille dans un centre d’hébergement d’urgence, porte de Saint-Cloud, et habite un petit appartement à La Courneuve. Pendant le confinement, elle a continué à bosser trois jours par semaine.

Mais, le reste du temps, elle est venue le passer à Mermoz, où vivent toujours ses parents et ses cinq frères et sœurs : « Je squatte où je peux, aujourd’hui au salon, demain, quand ma petite sœur partira travailler, je pourrai aller dans son lit. Je jongle. » « A La Courneuve, il y a beaucoup de policiers qui rôdent, indique-t-elle. A peine je sors de ma résidence, on me demande mon attestation, la boulangerie, j’en trouve pas, le Casino, les queues… y a rien qui va. Clichy est une ville qui a toujours été délaissée, pour le confinement, on est encore une fois délaissés, donc il n’y a aucun contrôle et tout va pour le mieux pour nous. C’est pour ça que je viens vivre le confinement ici. C’est comme s’il n’y avait jamais eu de coronavirus et la vie continue. »

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