« Ma grande gueule m’a coûté une ­partie de ma carrière » : Mathias Wargon, l’urgentiste pugnace au langage fleuri

Cultivant l’humour noir, le chef des urgences de l’hôpital de Saint-Denis s’affiche volontiers à la télévision depuis le début de la pandémie. Polémiste à la scène, Mathias Wargon est, à la ville, l’époux de la secrétaire d’Etat à l’écologie.

Par Publié le 18 avril 2020 à 04h02 - Mis à jour le 18 avril 2020 à 13h57

Temps de Lecture 6 min.

Article réservé aux abonnés

Mathias Wargon devant l’entrée des urgences de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis, en juillet 2019.

Difficile, ces jours-ci, de passer à côté de Mathias Wargon. En tant que chef de service des urgences et du SMUR du centre hospitalier Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), il multiplie les passages télé, à la fois en expert de terrain et en bon client – il fait partie des soignants guéris du Covid-19 – comme les chaînes d’info en trouvent rarement. Mais c’est lorsqu’il se consacre à son passe-temps favori qu’il donne sa pleine mesure : le clash sur les réseaux sociaux.

Twitter est la cour de récré de ce provocateur barbu de 53 ans, qui polémique vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec les fans du professeur Raoult et, plus ­largement, avec les tenants d’un grand complot anti-hydroxychloroquine. « Non que je sois contre son utilisation, précise-t-il. Je veux juste qu’on s’assure que ça sert à quelque chose et que ça ne tue pas plus que ça ne sauve. Sans rire, Raoult nous a fait perdre un temps précieux. »

« C’est quelqu’un de brillant, qui a des idées affirmées. Alors, quand il trouve le positionnement des gens médiocre, il va au clash », Enrique Casalino, professeur à l’hôpital Bichat

La foi scientiste chevillée au corps, il poste et retweete, réagit à tout, à la fois en traitant ses contradicteurs de « débiles » et de « gros tarés », mais aussi en publiant des liens vers des travaux de sommités (« c’est chiant, mais c’est précis »). Bien sûr, tout cela serait presque banal si cet adepte de l’émoticône « doigt d’honneur » n’était à la ville l’époux d’Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat à l’écologie d’Edouard Philippe.

Cette suractivité n’a pas empêché l’Agence régionale de santé (ARS) de le nommer à la tête de l’Observatoire régional des urgences et des soins non-programmés (ORUSNP) pour l’Ile-de-France, un poste stratégique où cet expert en analyse des données, auteur d’une thèse sur la « prédictibilité des activités de la médecine d’urgence », va repenser l’organisation des flux. « Sur ce sujet, c’est l’un des seuls qui a publié à l’étranger sur la base de données », souligne le docteur Romain Hellmann, responsable du secteur à l’ARS Île-de-France. Une reconnaissance qui pourrait presque faire oublier à Mathias Wargon qu’il n’a jamais été nommé professeur : « Je l’ai longtemps regretté. Ma grande gueule m’a coûté une ­partie de ma carrière. Je suis beaucoup dans l’­affrontement, pas très machiavélique. 

Pour exercer, cet urgentiste a choisi la Seine-Saint-Denis, le département où il est né.

A en croire ses anciens collègues, à Avicennes ou Bichat, à Paris, ou à l’hôpital Saint-Camille de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), où il a exercé ces dernières années, c’est peu de le dire : dans le milieu universitaire, il crée des anticorps par sa façon d’être, peu conventionnelle. « C’est quelqu’un de brillant, qui a des idées affirmées. Alors, quand il trouve le positionnement des gens médiocre, il va au clash », raconte le professeur Enrique Casalino, qui l’a accueilli à Bichat. A l’hôpital Delafontaine, la cadre supérieure Dina Palavra le confirme : « Quand il arrive en réunion, on sait que ça va partir en vrille. » Un membre de la direction de l’hôpital tempère, et le qualifie d’« attachiant ».

Il vous reste 60.14% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.