La maison de Louis-Ferdinand Céline qui a brûlé il y a huit mois, à Meudon, France le 21 février 1969.
KEYSTONE-FRANCE / GAMMA-RAPHO

La maison de Céline, emblème de la réhabilitation impossible d’un écrivain maudit

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Publié le 27 mars 2020 à 14h51 - Mis à jour le 28 mars 2020 à 05h27

Difficile de survivre au grand âge sans quelques consolations. Le 20 juillet 2019, Lucette Destouches fêtait son 107e anniversaire à Meudon. Au menu, comme chaque année : homard, mayonnaise et salade de pomme de terre, arrosés au champagne.

Il y a là ses aides-soignants, qui s’activent jour et nuit à son chevet, une de ses anciennes élèves du cours de danse ou encore son jardinier, qui a cueilli pour l’occasion un bouquet de roses. Les agapes ont lieu dans sa chambre.

Drôle de décor pour un anniversaire : on mange une assiette sur les genoux entre les barres fixes qui servaient autrefois à la gymnastique. Lucie Almansor, son nom de jeune fille, est allongée dans son lit et ne prononce pas un mot. Les invités ont beau sacrifier au rituel, le cœur n’y est plus vraiment.

Tous ont encore en tête la gaieté de cette femme, qui les accueillait autrefois d’un : « Qu’est-ce que t’as comme rigolade aujourd’hui ? » Maintenant, elle passe ses journées à dormir. Elle n’écoute même plus les cassettes apportées par son vieux complice François Gibault, son avocat et confident depuis près d’un demi-siècle. « Des ballets joués par les plus grands orchestres ou des pièces de Sacha Guitry », précise celui qui est aussi président de la Société d’études céliniennes. Plus assez de musique en elle pour faire danser la vie, aurait dit son mari, Louis-Ferdinand Céline.

« Nous comptons à Meudon une communauté juive et un environnement apaisé que l’on souhaite préserver. » Denis Larghero, maire UDI de Meudon

Qui, à Meudon, ne s’est jamais arrêté devant la « villa Maïtou » ? Peintures délavées couleur jus de chique et volets branlants, ce pavillon Louis-Philippe a des airs de maison hantée. C’est ici, 25 ter, route des Gardes, que Louis-Ferdinand Céline a écrit ses derniers chefs-d’œuvre. Ici aussi qu’il a tenté de faire oublier son antisémitisme et son passé de collabo, se fignolant une image de Diogène hirsute, obsédé par le style.

Dans cette ville cossue de 45 000 âmes, le fantôme de Céline dérange et fascine. Ce n’est pas rien d’abriter la maison de l’écrivain le plus vénéneux du XXe siècle, génie de la littérature et monstre de l’histoire française. Au cimetière de Meudon, près de 300 personnes se recueillent chaque année devant sa tombe gravée d’un voilier. La mairie, si prompte à célébrer les célébrités du cru, comme Richard Wagner, qui y vécut quelques mois, ou Jean Arp, a oublié le nom de Céline sur les brochures officielles. Pas question non plus d’investir dans un musée Céline dont rêvent les céliniens depuis cinquante ans. « Nous comptons à Meudon une communauté juive et un environnement apaisé que l’on souhaite préserver », justifie le maire (Union des démocrates et indépendants), Denis Larghero.

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