MONTPELLIER, FRANCE. 20 MARS 2020.
5ème jour de confinement du au coronavirus.  3ème étage gauche famille Goldstein Moussu. Vue sur le palier depuis le judas de la porte d’entrée.
Julien Goldstein pour M le magazine du Monde

Splendeur et misère des confinés d’un immeuble de Montpellier

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Publié le 25 mars 2020 à 23h38 - Mis à jour le 26 mars 2020 à 17h12

Au royaume des confinés, les citadins jouissant d’un balcon sont rois. A tout le moins, des privilégiés. Chaque jour, Anne-Marie, Eve, Miroslaw, Pascale, Olivia, Gabriel, Dorothée, Sacha, Léo ou David peuvent aller dehors. Humer l’air extérieur, sans sortir de chez eux.

« On ne s’est jamais autant vus sur les balcons ! s’enthousiasme Anne-Marie Durand, 73 ans, retraitée après une carrière à la Sécurité sociale. Ça va créer un rapprochement entre voisins. On a de très bons rapports entre nous, mais on se croise, chacun fait sa vie… Là, maintenant, je sens qu’il va y avoir une communication de balcon à balcon, comme jamais. Ça crée une fraternité. » En ce lundi 16 mars, Emmanuel Macron n’a pas encore déclaré le pays « en guerre » contre le coronavirus qu’Anne-Marie a déjà pris les devants, mettant le frein sur les sorties. Après la France des ronds-points, celle des balcons ? A voir. Celle du chez-soi forcé, surtout. Où chacun vit confiné, tous ensemble.

Prise de conscience

Quartier du Boutonnet, en plein cœur de Montpellier. Ses nombreuses rues piétonnes et arborées, ses jeunes cadres qui croisent des retraités et des étudiants, à quelques enjambées des centres hospitaliers Lapeyronie et Saint-Eloi. Dans cet immeuble de quatre étages datant des années 1960 à la façade beige, chaque propriétaire, à partir du deuxième, dispose d’un grand balcon. Etroit mais long, orné d’une balustrade en fer forgé.

« Entre voisins, ils sont séparés par deux chambres et sont éloignés de 3, 4 mètres, explique Marie Jerzewski, 63 ans. Du coup ça devient très italien, parce qu’on parle fort, d’un balcon à l’autre. Chose qu’on ne faisait pas d’habitude. Bon, on ne raconte pas nos vies, mais ça permet d’échanger un petit peu. »

« Au début, cette histoire de coronavirus, je l’ai prise un peu par-dessus la jambe. Puis petit à petit j’ai compris. » Marie Jerzewski, infirmière à la retraite

Jour 1, 9 h 53. La famille Goldstein-Moussu vit au troisième étage. Dorothée Moussu, la compagne du photographe, tente de télétravailler, Sacha et Léo, leurs enfants, l’interrompent régulièrement.
Jour 1, 9 h 53. La famille Goldstein-Moussu vit au troisième étage. Dorothée Moussu, la compagne du photographe, tente de télétravailler, Sacha et Léo, leurs enfants, l’interrompent régulièrement. JULIEN GOLDSTEIN POUR "LE MONDE"

En préambule s’impose une précision, un détail qui n’en est pas un. Plutôt une frustration, un crève-cœur devenu une évidence. Le reportage de terrain n’est plus, le virus l’a temporairement terrassé. L’auteur de ces lignes, d’abord parti à Montpellier, dimanche 15 mars, dans l’espoir d’y raconter comment la ville affrontait ­l’épidémie, a vite fait demi-tour, dès le lendemain matin. Consigne de « rester chez soi » oblige. Pas question de serrer la main de David. Ni de faire la bise à Anne-Marie. Le téléphone, outil indispensable en temps de « distanciation sociale », chauffe depuis un appartement d’Ivry-sur-Seine, afin de leur parler. Julien Goldstein, photographe et l’un des huit copropriétaires de l’immeuble à Montpellier, sera nos yeux. Et l’un des personnages de cette vie confinée, avec sa compagne et ses deux enfants.

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