L’interdiction du culte de Franco divise l’Espagne

Le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez prévoit de sanctionner pénalement l’apologie du franquisme. Un projet loin de faire l’unanimité, à droite comme à gauche.

Par Publié le 02 mars 2020 à 09h50 - Mis à jour le 02 mars 2020 à 15h07

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Une manifestation pro-Franco à l’occasion du 44e anniversaire de la mort du dictateur, le 24 novembre 2019, à Madrid.
Une manifestation pro-Franco à l’occasion du 44e anniversaire de la mort du dictateur, le 24 novembre 2019, à Madrid. Celestino Arce Lavin/ZUMA Wire/Splash News/ABACA

Quarante-quatre ans après la mort du dictateur espagnol, les jours de la Fondation Francisco Franco semblent finalement comptés. Souvent qualifié d’anomalie démocratique, cet organisme, qui se charge de défendre la figure du Caudillo et de diffuser son legs depuis ses ternes bureaux madrilènes, ne devrait pas survivre à la prochaine réforme du code pénal annoncée par le gouvernement ­espagnol. L’exécutif, mené par le socialiste Pedro Sánchez en coalition avec le parti de la gauche radicale Podemos, entend pénaliser l’apologie du franquisme.

« En démocratie, on ne rend pas hommage aux dictateurs et aux tyrans », a tranché la porte-parole socialiste, Adriana Lastra, le 10 février. Si la mesure est menée à son terme, fini, donc, la fondation, mais aussi les manifestations d’anciens phalangistes, bras levés, chantant le Cara al sol, l’hymne franquiste, comme celle qui, en octobre, avait rassemblé quelques centaines de personnes dans la salle de l’Athénée de Madrid ou, lors de la réinhumation de Franco, devant le cimetière de Mingorrubio.

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Cependant, loin de faire l’unanimité, l’annonce a provoqué un profond débat en Espagne. Si, pour certains, « il était temps » de sanctionner l’apologie d’une dictature banalisée, pour d’autres, sa pénalisation porte atteinte aux libertés d’expression et d’opinion ou n’est simplement pas opportune étant donné le travail de mémoire que l’Espagne doit encore mener. Dans son éditorial du 16 février, le quotidien de centre gauche El País a rappelé qu’il existe déjà un délit « d’incitation à la haine » et estimé que créer « une norme spécifique pour des délits et expressions minoritaires qui ne sont pas suivies d’actes objectivement préjudiciables » relève de l’« agitation propagandiste », alors que le Parlement est plus polarisé que jamais, avec un parti d’extrême droite, Vox, qui s’est hissé comme troisième force politique.

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Chroniqueur à la radio Cadena SER et à El País et figure ­respectée de la gauche médiatique, Iñaki Gabilondo s’est lui aussi prononcé « contre la pénalisation de l’exaltation du franquisme », bien que ce genre de discours lui « retourne les tripes », car, en « limitant la liberté d’expression », comme l’avait fait en 2015 la loi de sécurité citoyenne, dite « loi bâillon », du précédent gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, l’exécutif démontre « la faiblesse des convictions démocratiques ». Et de conclure : « Nous n’avons pas besoin de murailles, mais de citoyens. »

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