GLAUCO CANALIS

Sur les traces de Liberato, le Daft Punk de la pop napolitaine

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Publié le 22 janvier 2020 à 01h00 - Mis à jour le 09 février 2020 à 10h57

La boutique est bondée de babioles et de badauds. C’est l’une des échoppes historiques de la via San Gregorio Armeno, spécialisées dans la confection de crèches de Noël. A l’approche des fêtes, cette artère du centre de Naples draine un flot ininterrompu de touristes.

Chez Ferrigno, artisans de pères en fils depuis 1836, les chalands ont l’embarras du choix : figurines de la Madone, de Diego Maradona, de Janvier de Bénévent – le saint patron de la ville… En évidence sur la devanture, un santon accroche l’œil : camouflé derrière une capuche, un bandana et un bomber noirs, il représente Liberato, la star sans visage de la chanson napolitaine.

Un client s’enquiert du prix de la statuette. « Vingt euros, lui répond le vendeur. Si vous voulez mon avis, Liberato ne vient pas de Naples. C’est un Romain, je le tiens d’une source haut placée. Cent pour cent sûre. » L’acheteur sort son porte-monnaie. « Amen », plaisante-t-il. « Ammènne », corrige l’artisan, en bon dialecte napolitain.

Dans cette ville d’hyperboles, les idoles sont comme les consonnes : elles affolent les compteurs. Prenez les stats de Liberato. Onze vidéoclips ­postés depuis février 2017, cumulant 86 millions de visionnages. Un album, disponible depuis mai 2019 en Italie et à partir du 31 janvier en France, dont les ventes rivalisent avec celles de Madonna. Une demi-douzaine de concerts géants, de Milan à Barcelone – en attendant une date probable dans l’Hexagone, au printemps.

A quoi s’ajoute une myriade de théories sur l’identité du chanteur masqué. Selon les plus farfelues, il s’agirait d’un mineur incarcéré sur la presqu’île de Nisida, au large de Naples. Ou alors de Jordi « El Niño » Polla, une porn­star espagnole. Ou encore d’une marionnette agitée par le maire de gauche, Luigi de Magistris, pour donner du lustre à sa ville. Ou même du fantôme de Lucio Dalla, si l’on veut bien croire que le chanteur de Caruso ait ourdi pareil come-back avant sa mort, il y a huit ans.

Naples, sa ville muse

En juin 2018, le compte Instagram de Liberato publie une story en soutien à la Marche des fiertés de Pompéi. Six mois plus tôt, l’un de ses clips mettait en scène des transsexuels. De quoi nourrir l’hypothèse, largement diffusée sur le Web, selon laquelle la capuche cacherait une opération de changement de sexe… « Depuis la Renaissance au moins, Naples est un havre pour les “femminielli”, comme on appelle ici les transgenres, élude Francesco Lettieri, le réalisateur de toutes les vidéos de Liberato. Ça a toujours été une cité plus tolérante que la moyenne. Nos clips s’inscrivent dans cette histoire-là. »

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