En Italie, la disgrâce des Benetton

Connue dans le prêt-à-porter, la famille vénitienne est aussi à la tête d’un empire tentaculaire. Le 14 août 2018, le pont Morandi s’effondrait à Gênes, tuant 43 personnes. Et brisait l’image publique du groupe, propriétaire de la société de gestion du viaduc.

Par et Publié le 15 mars 2019 à 14h47 - Mis à jour le 16 mars 2019 à 21h43

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Luciano Benetton, au siège de sa marque à Ponzano Veneto (Italie), le 12 décembre 2018.

On ne badine pas avec la tradition chez les Benetton. Tous les 15 août, depuis vingt ans, la famille convie une centaine de proches à Cortina d’Ampezzo, la « Gstaad italienne », à cent cinquante kilomètres au nord de Venise. En cette journée de l’été 2018, une odeur de poisson grillé émane de la villa de Giuliana Benetton. Le thermomètre affiche 18 degrés, le ciel est dégagé, le déjeuner raffiné – bar et risotto.

L’hôte veille à ce qu’aucune fausse note n’entache le pince-fesses : c’est le premier Ferragosto, comme on appelle ici l’Assomption, depuis que Luciano, l’aîné de la fratrie, a repris les rênes du groupe familial, fin 2017.

Le premier, surtout, sans Fioravante ni Carlo. Fioravante, mari de Giuliana, a été foudroyé par une crise cardiaque en février à l’âge de 86 ans. Quant à Carlo, le benjamin des Benetton, un cancer l’a emporté un mois avant la réception, à 74 ans.

« United Killers of Benetton », peut-on lire sur les murs de Gênes après l’effondrement du pont Morandi.

Malgré la leucémie qui le ronge, Gilberto, troisième de la lignée, est bien là. Plus encore que Luciano et Giuliana, il aspire à un peu de légèreté. La veille, tous trois se sont fait porter pâle à la fête organisée par sa fille, Sabrina, sur les bords du lac Ghedina. Pendant que les invités trinquent, chantent et dansent sur les tables, Gilberto est retenu par son autre enfant : Edizione, la holding familiale, dont il est le vice-président.

En ce maudit 14 août, peu avant midi, le pont Morandi s’est effondré à Gênes, tuant quarante-trois personnes. Effarés, les Italiens découvrent que les pull-overs Benetton dissimulent l’un des empires financiers les plus tentaculaires d’Europe, actif dans l’habillement et le bâtiment, la culture et l’agriculture, le sport et les transports. Et que parmi les sociétés détenues par Edizione figure Atlantia, chargée de la gestion du funeste viaduc.

Cible des populistes au pouvoir

« United Killers of Benetton », lit-on aussitôt sur les murs de la cité ligure. La fratrie est fustigée jusque dans la perle des Dolomites, où la presse traque ses moindres faits et gestes.

Ses raouts aoûtiens, décrits par le menu, sont décriés à tout-va. Giuliana, 81 ans, se fait insulter devant les luxueuses vitrines du Corso Italia, rapporte La Repubblica. Au Café royal, à l’heure de l’apéro, on ne fait qu’une bouchée des Benetton : « Ils ne sont pas allés à l’enterrement, ils n’ont même pas eu le courage de se faire huer », tance la clientèle.

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