Arié Alimi, un avocat en guerre contre l’état d’urgence

En défendant des citoyens assignés à résidence, le juriste n’a qu’un objectif : lutter contre les dérives de la machine étatique et préserver ainsi l’Etat de droit.

Par Publié le 28 avril 2016 à 17h37 - Mis à jour le 02 mai 2016 à 17h47

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Arié Alimi à son domicile parisien, le 21 avril.

Cette fois, Maître Arié Alimi s’est accordé une semaine de vacances. Et tant pis si le gouvernement décide de prolonger l’état d’urgence de deux mois à compter du 26 mai pour tenir jusqu’à l’Euro de football. Depuis les attentats de novem­bre, l’avocat de 39 ans vit au rythme de ces prolongations à répétition. La dernière fois que le régime d’exception avait été prorogé, fin février, Me Alimi avait fait une croix sur un voyage en Argentine pour préparer les plaintes de cinq de ses clients, anciennement assignés à résidence, contre le ministre de l’intérieur en personne pour « atteinte à la liberté individuelle » – entre autres motifs.

Dans son bureau spacieux du 17e arrondissement parisien, une vingtaine de dossiers cartonnés recouvrent la table en verre. Pas les traditionnels litiges immobiliers qui font tourner le cabinet, partagé avec deux collaborateurs. Mais ceux de personnes qui ont été assignées à résidence ou dont le domicile a fait ­l’objet d’une perquisition. Toutes sont de confession musulmane. Et toutes sont soupçonnées par le ministère de l’intérieur d’appar­tenir à la mouvance islamiste radicale et de représenter « une menace pour la sécurité et l’ordre publics ».

Si l’avocat au barreau de Paris a obtenu des victoires sur la majorité des dossiers – soit parce qu’il a réussi à faire suspendre les mesures en prouvant le caractère infondé des soupçons, soit parce que le ministère de l’intérieur les a abandonnées de lui-même –, il estime que la bataille est loin d’être terminée. « Maintenant il faut contrain­dre l’Etat à indemniser ses victimes, qu’il assume les conséquences de la destruction de toutes ces vies, tant d’un point de vue administratif, financier que pénal. »

Lire l’enquête Etat d’urgence : l’ère du soupçon, du flou et de l’arbitraire

Contre les « mécanismes d’essentialisation »

Un dossier l’a particulièrement marqué, celui d’un père de famille musulman que l’état d’urgence a « broyé », dit-il, « littéralement ». L’homme a fait deux AVC, que les médecins estiment dus au stress de la perquisition et de l’assignation. Des cas qui mettent Me Alimi hors de lui. « Ça me rend dingue de lire que l’émotion post-attentats et la menace terroriste qui pèse sur la France justifient de telles mesures. Ça veut dire quoi ? Qu’on peut détruire 400 vies [le nombre d’assignations à résidence ordonnées entre le 14 novembre 2015 et le 26 février 2016], parce que ce n’est rien comparé à ce que le pays a subi ? Ce genre de raisonnement mène aux pires atrocités de l’Histoire. »

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