Les pionniers de la gastronomie : La Table du Recho, lien social au menu

Les restaurants sont, jusqu’à nouvel ordre, fermés. L’occasion de réfléchir à ce qui fait la gastronomie d’aujourd’hui. Et de retourner sur les traces de ceux qui ont su casser les codes. Vanessa Krycève et l’association Recho ont créé un lieu solidaire, où les futurs chefs sont formés à l’écoresponsabilité.

Par Publié le 23 mai 2020 à 12h00

Temps de Lecture 2 min.

Pixel et Béchamel

Depuis septembre 2018, Les Cinq Toits accueille en plein cœur du 16arrondissement de Paris 250 réfugiés, demandeurs d’asile et des familles en situation d’urgence. La Table du Recho s’y est installée courant 2019 pour créer du lien entre les résidents de cette ancienne caserne du boulevard Exelmans et les gens du quartier. Avant le confinement, on y servait des repas confectionnés par des professionnels et des personnes en insertion. Tous les samedis, après un atelier de cuisine destiné aux habitants de la caserne et aux riverains, on pouvait (et on pourra à nouveau) y déguster à prix libre, et à volonté, un dîner écoresponsable et délicieux. S’il existe d’autres restaurants solidaires, comme L’Oratoire ou le Refettorio, La Table du Recho est né dans un terreau qui fait toute sa particularité.

En 2016, Vanessa Krycève, comédienne et cheffe à domicile, n’en peut plus d’être le témoin passif d’une crise de l’accueil des migrants. Elle transforme sa révolte en action positive, spontanée et presque naïve, et, en mai de la même année, dépose les statuts de l’association Recho (pour refuge, chaleur, optimisme). Près de 750 personnes participent à sa campagne de crowdfunding. Dès le mois d’août, elle se retrouve avec sept de ses amies et une flopée de bénévoles dans un food truck à Grande-Synthe, au milieu d’un camp de réfugiés.

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Le projet est de cuisiner avec et pour les migrants. Après s’être fait accepter, l’équipe du Recho restaure les ventres, les cœurs, les dignités. Elle essaime à Arras, à Lille, en Belgique… Le projet est soutenu, reconnu par les institutions (Mairie de Paris, Secours populaire, Petits Frères des pauvres, Fondation de France…) et relayé par les médias. La naissance de La Table du Recho arrive à un moment où l’association s’ancre dans le paysage politique.

Les chefs de demain

« La place de La Table du Recho est particulière dans la constellation de la restauration solidaire, remarque Hervé Marro, directeur de la communication du C40, qui lutte contre le dérèglement climatique et président d’Écotable, une association qui labellise les restaurants écoresponsables. C’est une coalition de femmes qui prennent le sujet à bras-le-corps. Elles sont enracinées dans le réel, remettent perpétuellement leur projet en question pour l’adapter à la réalité. Et, grande spécificité, elles écoconstruisent. »

Vanessa Krycève ne s’en cache pas. « Je deviens de plus en plus radicale. Il ne peut y avoir de construction sociale sans prendre en compte les enjeux écologiques. Les prochaines grandes vagues de migrations seront liées au réchauffement climatique. » La Table du Recho est impliquée dans une politique antigaspillage, avec gestion des déchets et travail du produit brut de A à Z. La nourriture est à 95 % bio et à 70 % issue de circuits courts. « Nous formons des cuisiniers grâce à un programme d’insertion. Mais on fait plus, insiste Vanessa Krycève. On forme les cuisiniers de demain. » Armés des principes basiques de la cuisine écoresponsable, ils seront les fers de lance des nouvelles pratiques alimentaires.

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« Le projet est encore trop jeune pour avoir fait des petits. Mais les exemples d’hypercollaborations, comme Le Recho, Yes We Camp ou le Refugee Food Festival, dessinent des voies où la solidarité, l’éthique et l’écologie sont intimement liées », analyse Hervé Marro. Portées par cet élan, les filles de La Table du Recho ont choisi un nouveau terrain d’action : la restauration collective. « Penser que l’on peut être un levier encore plus important sur la transition globale nous donne l’énergie d’y aller. » Le début de l’histoire a prouvé que, lorsqu’elles y vont, elles y arrivent.

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lerecho.org

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