Quand la science-fiction abandonne les récits de fin du monde pour un optimisme subversif

Alors que la fiction est rattrapée par une réalité anxiogène, des courants nés sur la Toile pensent l’avenir d’un genre un peu fatigué par les dystopies et cultivent les graines de la néorébellion. « Now Future ! »

Par Publié le 25 juin 2020 à 20h14 - Mis à jour le 26 juin 2020 à 09h59

Temps de Lecture 7 min.

Article réservé aux abonnés

Manifestation organisée par le mouvement Fridays for Future, une initiative de grève étudiante pour le climat, à Francfort, le 15 mai.

Printemps 2020 : alors que 4 milliards de personnes se sont barricadées pour échapper à la contamination galopante d’un virus apparu quelques mois plus tôt, les écrivains de science-fiction réfléchissent à l’avenir du genre. Les récits dystopiques qui prolifèrent depuis la seconde moitié du XXe siècle, du roman 1984, de George Orwell, à la série Black Mirror, saturent l’imaginaire collectif et peinent à dépasser le réel.

« La science-fiction avait pour fonction d’alerter les époques fascinées par le progrès. Maintenant que tout le monde a très peur, elle doit prendre le contre-pied, constate l’autrice de science-fiction et de fantasy française Catherine Dufour. Il y a un avenir à construire, même si, pour le moment, il a une gueule d’accident de voiture. »

Rejet de la résignation

Dans les interstices du Net, depuis quelques années, des mouvements et collectifs repensent l’imaginaire. Ils se nomment « hopepunk », « solarpunk » ou encore le collectif « Zanzibar » et travaillent à revitaliser les représentations du futur. Derrière leurs claviers, ils opposent au mythe de l’effondrement un espoir lucide, rejetant utopisme béat et résignation.

« Il y a un avenir à construire, même si, pour le moment, il a une gueule d’accident de voiture », Catherine Dufour, autrice

Fable fondatrice des récits religieux, l’apocalypse est passée, en cinquante ans, du statut d’artifice littéraire et métaphysique à celui de projection rationnelle. Dès lors, le pouvoir de conjuration des récits dystopiques s’assèche. La fin du monde est devenue banale, au risque de paralyser le corps social : « Les gens déprimés par le réel n’agissent pas », commente Catherine Dufour.

De Fahrenheit 451, de Ray Bradbury, à La Servante écarlate, de Margaret Atwood, c’est l’apathie qui condamne les sociétés humaines. « Le XXe siècle a produit essentiellement des œuvres du “plus jamais ça”. Or, si la peur avait marché, ça se saurait. Cette littérature dystopique, c’est aussi l’histoire d’un échec », diagnostique Mireille Rivalland, éditrice et cogérante des éditions L’Atalante.

La bonté, un acte de rébellion

En 2017, en écho à ce constat, l’Américaine Alexandra Rowland conceptualise l’étiquette « hopepunk » sur la plate-forme de microblogging Tumblr, quelques mois après l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Le genre, formulé en réaction à l’omniprésence du nihilisme dans les fictions contemporaines, conçoit la bonté comme un acte de rébellion. Exit le fatalisme du XXe siècle, place à un optimisme armé, déniaisé et lucide. Une philosophie politique qui fait écho aux élans du mouvement Extinction Rebellion et aux manifestations étudiantes pour le climat. « On est passé du feel-good au punk, parce qu’il y a eu Greta Thunberg », observe Mireille Rivalland.

Il vous reste 71.11% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.